Vingt et un jours de Laurence Tellier-Loniiewski. Gallimard.💛💛💛

Vingt et un jours par Tellier-Loniewski

Vingt et un jours pour obtenir un droit d’asile. C’ est le délai accordé en France aux demandeurs d’asile pour transmettre leur dossier à l’ Ofpra.
C’est ce laps de temps de 21 jours que Laurence Tellier-Loniewski à pris comme toile de fond de son roman intitulé  Vingt et un jours.
Nous sommes à  Murmont une commune de la Région parisienne où  est installé  un centre d’hébergement de réfugiés.  Parmi les réfugiés  il y a  Ehsan, jeune afghan.
Parmi les membres du centre d’hébergement il y a Jean Marc, directeur du centre, Lara, avocate bénévole , Emeline stagiaire de fin d’études.
Vingt et un jours pour qu’Ehsan dise , raconte. Vingt et un jours pour démêler le vrai du faux.
Vingt et un jours pour produire un dossier qui validera la demande d’asile. Sinon…
Laurence Tellier-Loniewski, ancienne avocate restitue parfaitement ces 21 jours et cette course contre la montre.
De plus chaque chapitre représentant une journée participe à cette course contre la montre.
Cela donne un roman très documenté pour ne pas dire documentaire et c’est là que l’on touche à la limite de l’exercice
Si le côté documentaire fonctionne bien, le côté roman fonctionne nettement moins bien. On reste sur l’écume des choses. Aucune histoire , aucun personnage n’est fouillé.
Des facilités d’écriture  ( un afghan connaissant Ehsan) vont permettre l’avancée du roman, mais quel dommage de ne pas avoir fouillé plus le personnage d’Emeline . On aurait aimé avoir le ressenti de cette jeune étudiante confronté au monde des migrants mais aussi à celui des travailleurs sociaux.

Laurence Tellier-Loniewski - Site Gallimard

Laurence Tellier-Loniewski est avocat à la Cour d’appel de Paris, titulaire du DJCE et d’un DEA Droit des affaires, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle et en droit commercial.

Le mauvais génie d’Alain Freudiger. La Baconniere.💛💛💛

Le mauvais génie par Freudiger

Si vous êtes passionné par le saut à skis et par la vie dissolue de Matti Nykanen,  vous serez intéressé par ce petit opuscule de 120 pages écrit  par l’auteur suisse Alain Freudiger.
Si ce n’est pas le cas, vous passerez sûrement à côté de ce livre.
C’est à  priori le cas de la communauté Babeliote qui n’a fait aucune critique, ni mis à  jour la note de l’éditeur  et encore moins le résumé du livre !
Nous sommes bien dans un livre niche ! le saut à  skis .
Dans les années 80 Matti Nykanen règne sur le Saut à  Skis. Il sera quadruple champion olympique, mais aussi champion du monde de saut à skis mais aussi de vol à skis. Il gagnera plusieurs fois la coupe du monde ainsi que la Tournée des Quatre Tremplins. Pour les non initiés il s’agit d’une compétition de saut à skis qui à  lieu tous les ans en Janvier entre Autriche et Allemagne. Je vous fait grâce du nom des tremplins.
Donc Matti Nykanen est un grand champion mais un homme psychologiquement fragile.
Quelques mariages avortés,  des violences conjugales, beaucoup d’alcoolisme.
Après avoir été  champion reconnu et adulé en Finlande  ( j’ai oublié de vous dire qu’il était finlandais – mille excuses ) il sera chanteur à la voix frêle  et même strip teaser.
Voilà voilà.. .
Je résume  : soit vous êtes fana du saut à skis . Mais vraiment fana , style la journée dans le canapé en Janvier  devant Eurosport. Soit vous êtes fana des histoires croustillantes mariages divorces violence etc….
Moi je ne suis fana ni de l’un ni de l’autre  mais j’aime bien le saut à skis et le vol à skis.
Ce coté homme volant a un je ne sais quoi de magique.
Et ce côté homme faible à un je ne sais quoi de tragique.
Magique ? Tragique ? En définitif un petit livre agréable.
Une dernière chose  . Un dernier mystère.
Pour quelle raison ma médiathèque à choisi ce livre ?
Je ne les savais pas fana à ce point de Saut à skis !
Ps. Pour les inconditionnels du saut à skis la Tournée des 4 Tremplins a lieu à Oberstdorf – Garmisch – Innsbruck et Bischofshofen

Retour en images sur la fabuleuse lecture-spectacle de Morgarten d ...

Alain Freudiger, après avoir été critique de cinéma pour la revue FILM, poursuit un travail littéraire tout en participant à des expérimentations avec des musiciens de la scène improvisée. Il a notamment fondé le trio de poésie électro-acoustique Des Cendres, avec Benoît Moreau et Raphaël Raccuia en 2009. Rédacteur et membre du comité de la revue cinéphile « Décadrages – cinéma à travers champs », Alain Freudiger écrit également dans le journal La Distinction.

En 2007, paraît aux éditions Castagniééé son premier roman, Bujard et Panchaud ou Les Faux-Consommateurs, et un second en 2011, Les Places respectives, chez le même éditeur. En 2013, il publie en dialogue avec Stéphane Bovon Plus ou moins postmoderne, aux éditions Hélice Hélas. En 2015 paraît Morgarten, visite contemporaine de la Bataille du même nom, toujours aux éditions Hélice Hélas. En 2016, les éditions de La Baconnière publient Espagnes, son premier recueil de nouvelles. En 2019 paraissent le livre des cendres, livre de poésie/musique aux éditions Ripopée, et le roman Liquéfaction, chez Hélice Hélas.

En 2020, Alain Freudiger publie Le Mauvais génie – une Vie de Matti Nykänen, un livre consacré à l’ancien sauteur à skis finlandais, aux éditions de La Baconnière.

Les Livres de Jakob d’Olga Tokarczuk. Noir sur Blanc. 💛💛💛💛

Les livres de Jakob par Tokarczuk

 

La couverture du livre d’Olga Tokarczuk  « Les livres de Jakob m’avait fasciné lors d’un passage en librairie. A travers sept frontières,  cinq langues, trois religions  ce livre raconte le grand voyage de Jakob Frank entre Pologne et empire ottoman entre 1740 et début du 19ème siècle.
La quatrième  de couverture ne fit que donner encore plus envie de rentrer dans cette histoire.
Et pourtant je ne pris pas le livre. Les 1000 pages m’effrayait.
Pourtant ce livre me trottait dans la tête….. et je le revis à la Médiathèque . C’était sûrement un signe !
Je me suis lancé !
Dire que la lecture fut facile  serait un euphémisme.
Nous sommes donc autour des années 1750 dans la Grande Pologne soit la Pologne actuelle, la Lituanie et encore la partie occidentale de l’Ukraine actuelle.
Cette Grande Pologne vit ces dernières année.
Nous allons suivre les traces d’une secte juive à la tête de laquelle se trouve Jacok Frank.
. Comme la plupart des personnages de ce roman, Frank a bel et bien vécu, de 1725 à 1791. Et quelle vie que celle de Jakob, né Lejbowicz dans une famille de commerçants juifs de la province polonaise de Podolie (désormais en Ukraine), qui se forma aux préceptes d’un autre faux Messie (Sabbataï Tsevi, 1626-1676) dans les centres du « sabbataïsme », de Smyrne à la Moldavie, avant de s’inventer Messie à son tour, sous le nom de Jakob Frank.
« Frank » veut dire « étranger » »Etranger, donc éternellement migrant, dans le très vaste royaume polonais multi-ethnique et multiculturel qui s’étend alors jusqu’à l’Empire ottoman, et dont il parcourt à cheval les plaines , les forêts  les villes et villages aux ruelles boueuses et défoncées, vêtu comme un Turc, fez sur la tête et manteau à grand col de fourrure . Etranger, donc infidèle, aux femmes, aux religions : au gré de ses ambitions, à la poursuite de son rêve d’une vie spirituelle toujours plus riche, Jakob se convertit à l’islam puis au catholicisme avec quiinze mille disciples en un baptême monumental .
Les 7 livres de Jakob retracent les tribulations mystiques, politiques et charnelles de ce héros charismatique, effrayant et mégalomane. Jakob Frank s’élève contre l’intransigeance des rabbins mais se rapproche de la hiérarchie catholique anti-juive, et finit traître aux yeux de tous.
Dans ce livre hautement romanesque Olga Tokarczuk nous rappelle la complexité  de l’époque  et de la région.
Complexité que l’on retrouve dans le changement incessant du nom des personnages entre nom juif polonais yddish ou encore allemand.
Complexité encore dans cette géopolitique  religieuse entre juif, chrétien,  musulman aux confins de l’Europe et de l’empire Ottoman
L’ombre d’une vieille femme mystérieuse, Ienta, plane sur l’ensemble du livre et projette sur lui un clair-obscur fantastique. Alors que Ienta agonise le jour d’un mariage, une amulette l’arrache à la mort mais non au coma. Elle va survivre dès lors sur le mode d’une « sortie hors de son corps  »
Le découpage des 7 livres en court chapitres  facilite la lecture et empêche de se perdre dans le labyrinthe des noms. Néanmoins essayer de retenir l’ensemble des noms est une gageure.
Vaut mieux se laisser porter par les personnages et l’histoire.
Ce découpage laisse aussi la place au quotidien et l’on ressent vraiment la froidure de l’hiver ,la pauvreté des familles,  la chaleur de la vodka ou encore l’humidité des habitations et la saleté des villages.
Ces petits chapitres,  pas toujours chronologiques dessinent aussi une société polonaise ultra catholique,  fermée sur elle même, et dans laquelle une secte de 15 à 20 000 mille personnes a pu prospérer  jusque dans la noblesse et les hautes sphères de l’église polonaise.
Tous sont pris en otage par les jeux de pouvoir et l’opportunisme des nobles et des ecclésiastiques. Ces derniers escomptent tirer des bénéfices politiques de cette masse inespérée de convertis
Autant entrer dans ces milles pages peut être long, autant à la fin de la lecture il est difficile de laisser tous ces hommes et femmes.
Ils sont de la pâte dont est faite l’humanité.

Olga Tokarczuk

Prix Nobel de littérature, Olga Tokarczuk a reçu le Man Booker International Prize 2018 pour Les Pérégrins. Traduit en français en 2010 chez Noir sur Blanc, ce roman avait été couronné par le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt), un prix que, chose rarissime, l’auteure a une nouvelle fois reçu pour son monumental roman : Les Livres de Jakób.

Née en Pologne en 1962, Olga Tokarczuk a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Romancière polonaise la plus traduite à travers le monde, elle est reconnue à la fois par la critique et par le public. Sept de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001) ; Récits ultimes, Les Pérégrins et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2007, 2010, 2012) ; Les Enfants verts (La Contre-allée, 2016) ; et enfin Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018).

Le flambeur de la Caspienne de Jean Christophe Rufin. Flammarion.💛💛💛

Le flambeur de la Caspienne par Rufin

Voici le troisième tome des histoires d’Aurel Timescu , l’extravagant consul fictionné par Jean Christophe Rufin. Aprés deux premières histoires qui se sont déroulés en Afrique , Aurel Timescu a été nommé en Azerbaidjan, à Bakou.
Comme dans ces deux premiers tomes Jean Christophe Rufin nous entraîne dans les arcanes de la diplomatie et des ambassades.
Dès son arrivée à Bakou, Aurel Timescu est confronté au décés de la femme de l’ambassadeur et rapidement il doute du caractère accidentel du décés.
On retrouve alors ce consul atypique amoureux du piano,du Tokay et nettement moins du travail de consul.
C’est léger, toujours bien écrit. Sans ce prendre au sérieux Jean Christophe Rufin nous distille des petits polars sympathiques.
Un bon roman pour l’été.

Etoiles vagabondes de Sholem Aleykhem. Le Tripode 💛💛💛💛

Étoiles vagabondes par Aleykhem

Un passage dans une librairie et me voila attiré par la belle couverture d’Etoiles vagabondes.
Cette attirance se double du fait que cette couverture ne m’est pas inconnue.
En effet je l’avais vu dans Télèrama et surtout la critique du livre m’avais intéressée.
Un roman écrit au début du siècle sous forme de feuilleton dans un journal polonais pour nous parler de théâtre et de culture Yiddish.
Et ce texte est inédit.
Ce fut une belle découverte que ce roman de Sholem Aleykhem. Rien dans l’écriture ne paraît daté d’un siècle. Tout est contemporain.
La mise en train peut être un peu compliquée car il faut s’habituer aux noms qui peuvent varier , aux coutumes et cultures yiddish. Mais une fois ceci acquis ,on se laisse emporter par ce grand récit d’aventure qui vaut bien un récit de Dumas ou Mark Twain.
Le découpage en petits chapitres ( cf une première édition sous forme de feuilleton) facilite la lecture . Ce feuilletonage fait que Shomen Aleykhem explique à nouveau des situations pour ne pas perdre les lecteurs de son feuilleton.
De plus l’écriture est enlevée, humoristique et il n’y a pas besoin d’être un exégète de la culture yiddish.
Donc au début du XXème siècle en Bessarabie ( La Moldavie actuelle) dans le village de Holenechti va s’installer un théâtre yiddish. Deux enfants ont les yeux qui pétillent devant ce théatre.
Il s’agit de Leybl le fils de Béni Rafalowitch l’homme le plus riche du village et de Reyzl, la fille du chantre Ysroeli.
Pour diverses raisons et une promesse qu’ils se sont faites , ces deux enfants vont quitter leur village et suivre ce théâtre itinérant yiddish.
C’est le début d’une histoire qui les mènera de Bessarabie , à Bucarest , Londres et New York.
La vie d’un Peuple nomade et migrant.
La vie extravertie d’une communauté juive comme a pu nous le conter Popeck ou encore Rabbi Jacob.
Nous sommes au début du XXème siècle et l’horreur n’est pas encore présente….

Cholem Aleikhem nom de plume de Cholem Naoumovitch Rabinovitch, né le 2 mars 1859 à Pereïaslav et mort le 13 mai 1916 à New York, est un écrivain ukrainien de langue yiddish. Très populaire de son vivant, il est l’auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre

 Il a fait beaucoup pour promouvoir le yiddish dans la littérature et a été le premier à écrire des contes pour enfants dans cette langue.

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Concerto pour main gauche de Yann Damezin. La Boîte à Bulles.💛💛💛💛💛

Concerto pour main gauche par Damezin

Quel coup de coeur ! Quelles découvertes !
Découverte d’un Jeune auteur de Bd , Yann Damezin qui est aussi scénariste.
Découverte d’un personnage , Paul Wittgenstein , pianiste autrichien ayant vécu au début du 20ème siécle et qui a eu le bras droit amputé pendant la première guerre.
Découverte d’un dessin mais le mot est trop faible . Découverte d’une graphie ,d’un art, le tout en noir et blanc.
La premièrepage de se roman graphique donne le ton.
6 cases pour montrer de profil une femme enceinte et ces 6 mêmes cases pour mettre en dessin, en graphie un son , une émotion, un ressenti.
Toute la vie de Paul Wittgenstein librement inspiré par Yann Damezin poursuivra ce postulat. Un dessin pour la biographie et une création graphique pour ressentir; s’émouvoir.
C’est jubilatoire, c’est créatif, sonore, poétique.
A chaque page nous restons béat devant ces sons transformés en feuilles , ces émotions transformées en Gorgone, en animaux fantastiques ou encore en corps déstructurés.
Quand on referme ce roman graphique on est étourdi d’une telle vie car cela est bien la vie de Paul Wiitgenstein, et longtemps la représentation graphique de Yann Damezin nous accompagne et nous donne à entendre différemment le Concerto pour main gauche de Ravel.
Et c’est avec délectation que l’on ouvre à nouveau ce roman graphique pour découvrir les subtilités des dessins
et se laisser emporter par une certaine poésie.

Né en 1991, Yann Damezin a intégré l’école Émile Cohl directement après son bac dans le but de devenir illustrateur. La littérature, le livre et l’image sous toutes leurs formes le passionnent. Ce Lyonnais aime les univers étranges et oniriques, et son travail se nourrit d’influence très diverses : miniature persane, primitifs italiens, expressionnisme etc..

Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk. Libretto. 💛💛💛💛

Sur les ossements des morts par Tokarczuk

J’ai découvert la littérature d’Olga Tokarczuk grâce à la Librairie Lucioles à Vienne (38). le libraire m’a proposé de rentrer dans son oeuvre par son livre Sur les Ossements des morts.
C’est un roman qui lorgne vers le polar mais qui en définitif nous entraîne dans une réflexion sur la place de la nature et des animaux dans notre monde.
Pour mener à bien cette enquête-réflexion Olga Tokarczuk nous déniche un personnage haut en couleur.
Il s’agit de Janina , ingénieur à la retraite qui vit seule dans un hameau du sud de la Pologne , à la lisière de la Tchèquie et des Sudètes.
On comprend rapidement que Janina est d’un caractère entier, bourru et qu’il est facile de la prendre pour une excentrique voir une folle.
Comment peut il en être autrement puisque Janina est totalement investie dans l’astrologie et la place des planètes.
Les planètes , les dates , les thèmes astrologiques amène un coté fantasmagorique à la vie de Janina.
Et puis il va y avoir des morts mystérieuses de chasseurs de braconniers. Dans son excentricité Janina va donner un sens à ces meurtres : Ce sont les animaux qui se vengent.
Et nous allons la suivre sur la piste de ces meurtres et de ces animaux.
La résolution de ces meurtres sera effective mais reste une péripétie dans le livre. Assez rapidement la silhouette humaine ou animale du meurtrier s’impose.
Mais là n’est pas le plus important.
Le plus important est dans notre rapport à la nature , aux animaux à l’argent.
Olga Tokarczuk a une écriture ciselée, précise, pleine d’humour. D’un humour noir qui sied merveilleusement à cette histoire. Elle nous raconte aussi une région polonaise aux quatre saisons. C’est précis, détaillé . c’est froid et glacial comme l’hiver, et nous allons de découverte en découverte.
Connaissez vous le cucujus vermillon ?
En tout cas ce livre fut une belle découverte.

Olga Tokarczuk est une écrivaine polonaise née en 1962. Romancière la plus célèbre de sa génèration, elle est l’auteur polonais contemporain le plus traduit au monde  . Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature 2018.

La voie cruelle d’Ella Maillart. Payot 💛💛💛💛

La Voie cruelle par Maillart

Le récit de voyage entre Europe et Asie ( Afghanistan – Inde ) est marqué par le livre de Nicolas Bouvier L’usage du monde qui raconte ce périple dans les années 1950.
Pourtant d’autres compatriotes suisses ont réalisé ce voyage en 1939 entre Suisse et Afghanistan à bord d’une Ford moteur V8 de 18 chevaux.
Il s’agit d’Ella Maillart et d’Annemarie Schwarzenbach.
Ella Maillart est une ancienne athlète de haut niveau reconvertit dans le cinéma et le récit de voyage.
Annemarie Schwarzenbach deszcend d’une riche famille industrielle et s’est vite dressée contre les conformismes de son milieu. Personnage androgyne et morphinomane, elle est l,opposée d’Ella Maillart.
L’une est calme, posée; l’autre est fragile et maladive.
Ce récit de voyage est écrit par Ella MaillartAnnemarie Schwarzenbach prendra le nom de Christina.
Ce récit de voyage est double. Il nous raconte l’avancée de ces deux jeunes filles vers l’Asie, mais aussi la souffrance de Christina vis à vis de la drogue. En cela le titre du livre ne laisse aucune ambiguïté . Ce périple est une voie cruelle durant laquelle Christina peut être rattrapé par ces démons.
La part belle du livre reste néanmoins le voyage.
Et quel voyage. Il faut se rappeler que l’on est en 1939 ,que le nazisme a pignon sur rue et que la guerre frappe à la porte de l’Europe.
Cette traversée des pays du Moyen Orient et des anciennes Républiques soviétiques nous rappelle qu’hormis des changements de frontières et de régime , cette région reste d’une instabilité effrayante.
Alors que dire de ce périple féminin dans un monde masculin où la place de la femme n,est sûrement pas au volant d’une Ford V8.
Ce mélange de périple et de fuite en avant de Christina nimbe ce récit de voyage du mystère humain et de ces silences.
Un joli pendant au livre L’usage du monde de Nicolas Bouvier.

Ella Maillart est née à Genève en 1903. Après une brillante carrière de sportive et de cinéaste, elle entreprend une série de voyages au Turkestan, en Chine,  etc.. En 1986 elle traversait encore le Tibet. Elle est décedée en 1997.

 

 

Tracts de Crise. Gallimard Sylvain Tesson Que ferons nous de cette épreuve?

Gallimard a e la bonne idée d’éditer 3 fois par jour « Tracts de crise ». Ce sont des textes d’écrivains, de scientifiques, de médecins, de journalistes qui racontent, qui expliquent , qui réfléchissent sur le confinement et la pandémie du Covid 19.
je me permettrai de vous en partager quelques uns.
Aujourdh’hui. Sylvain Tesson. Que ferons nous de cette épreuve.
Sylvain Tesson est un géographe, écrivain et grand voyageur

1 . Ce que vous appelez, dans Les Chemins noirs, le dispositif (divertissement, performance, commerce, consommation) s’est éteint comme dans un roman de Barjavel. Que vous inspire ce moment?

L’ultra-mondialisation cyber-mercantile sera considérée par les historiens futurs comme un épisode éphémère. Résumons. Le mur de Berlin tombe. Le règne du matérialisme global commence. L’Histoire est finie annonce un penseur. Le Commerce est grand, tout dirigeant politique sera son prophète, le globe son souk. L’humanité se connecte. Huit milliards d’êtres humains reçoivent le même signal. Le Moldovalaque et le Berrichon peuvent désirer et acquérir la même chose. Le digital parachève l’uniformisation. La Terre, ancien vitrail, reçoit un nouveau nom maintenant que les rubans de plomb ont fondu entre les facettes: «la planète». Elle fusionne, devient une entreprise, lieu d’articulations des flux systémiques. La politique devient un management et le management gère le déplacement pour parler l’infra-langage de l’époque.

Un nouveau dogme s’institue : tout doit fluctuer, se mêler sans répit, sans entraves, donc sans frontières. Dieu est mouvement. Circuler est bon. Demeurer est mal. Plus rien ne doit se prétendre de quelque part puisque tout peut-être de partout. Qui s’opposera intellectuellement à la religion du flux est un chien. Le mur devient la forme du mal. Haro sur le muret ! Dans le monde de l’entreprise il disparaît (règne de l’openspace). En l’homme il s’efface (règne de la transparence). Dans la nature il est mal vu (règne alchimique de la transmutation des genres). Les masses décloisonnées s’ébranlent. Le baril de pétrole coûte le prix de quatre paquets de cigarettes. La circulation permanente du genre humain est tantôt une farce : le tourisme global (je m’inclus dans l’armée des pitres). Et tantôt une tragédie (les mouvements de réfugiés). Une OPA dans l’ordre de la charité est réalisée : si vous ne considérez pas le déplacé comme l’incarnation absolue de la détresse humaine vous êtes un salaud. Et puis soudain, grain de sable dans le rouage. Ce grain s’appelle virus. Il n’est pas très puissant, mais comme les portes sont ouvertes, il circule, tirant sa force du courant d’air. Le danger de sa propagation est supérieur à sa nocivité. Dans une brousse oubliée, on n’en parlerait pas. Dans une Europe des quatre vents, c’est le cataclysme sociopolitique. Comme le touriste, le containeur, les informations, le globish ou les idées, il se répand. Il est comme le tweet : toxique et rapide. La mondialisation devait être heureuse. Elle est une dame au camélia : infectée. 4 L’humanité réagit très vite. Marche arrière toute ! Il faut se confiner ! Un nouveau mot d’ordre vient conclure brutalement le cycle global. C’est une injonction stupéfiante car sa simple énonciation incarne ce que l’époque combattait jusqu’alors, et le fait de prononcer ces mots avant leur édiction officielle faisait de vous un infréquentable : « restez chez vous ! ». La mondialisation aura été le mouvement d’organisation planétaire menant en trois décennies des confins au confinement. Du « no borders » au « restez chez vous ». Il est probable que la « globalisation absolue » n’était pas une bonne option. L’événement majeur de cette crise de la quarantaine, sera la manière dont les hommes reconsidérerons l’option choisie, une fois calmé le pangolingate.

  1. Comment qualifier notre inquiétude. À quelles représentations historiques, religieuses emprunte-t-elle?

On peut se contenter de dire que rien n’est nouveau. Pestes et choléras fauchent les hommes depuis longtemps. L’Histoire, cette contradiction de l’idée de Progrès, n’est que l’éternel retour des désastres et des renaissances. Mais nous avons changé d’échelle. Quand un système change d’échelle, il change de nature. Des drames similaires se produisaient avant le xxe siècle. Ils n’avaient pas cette puissance de volatilité. L’ampleur de la chose est un problème supérieur à la chose elle-même. La grippe espagnole a tué 5 ,3 % de la population mondiale, mais en 1920, la mécanique de la propagation n’avait pas été érigée en instrument de l’organisation globale. N’est-ce pas le principe de propagation qui permet le commerce mondial, le capitalisme financier, l’échange frénétique, l’uniformisation linguistique et culturelle. Pourquoi le virus n’emprunterait-il pas le même courant ? Quelque chose flottait dans l’atmosphère avant la crise virale. Appelons cela la thèse « effondriste ». Elle fut portée par René Dumont et plus récemment par Jared Diamond. Comprise un peu rapidement, elle rencontre beaucoup de succès. C’est une grille de pensée pratique, ne demandant pas d’effort et flattant un goût humain pour le morbide. Il y a une délectation dans l’imprécation apocalyptique : « Tout va s’écrouler ! » Pour certains prophètes de la catastrophe, nul besoin d’inventer l’avenir, ni de nuancer l’analyse, ni de se jeter à corps perdu dans la conservation de ce qui se maintient. L’effondriste fondamentaliste annonce l’enfer de Bosch et fait des stocks de pâtes. Aujourd’hui, beaucoup se frottent les mains : « Nous l’avions bien dit ! » Aucun n’avait pourtant vu que le coup d’arrêt proviendrait d’un petit animal qui ressemble à un panzer vêtu par Paco Rabane.

 3 . Vo u s ê te s u n h o m m e d e m o u ve m e n t, d e g ra n d s e s p a c e s . M a i s e n même temps vous avez vécu dans une cabane plusieurs mois. Quels sont vos conseils pour la vie confinée?

Se rend-on compte de notre chance ? Pendant quinze jours, l’État assure l’intendance de notre retraite forcée. Il y a un an, une part du pays voulait abattre l’État. Soudain, prise de conscience : il est plus agréable de subir une crise en France que dans la Courlande orientale. L’État se révèle une Providence qui n’exige pas de dévotions. On peut lui cracher dessus, il se portera à votre secours. C’est l’héritage chrétien de la République laïque. On peut appliquer le mot de Beaumarchais à la géographie : nous nous donnons la peine de naître en France et sommes mieux lotis qu’ailleurs. Subitement, on a moins envie d’aller brûler les ronds-points, non ? Soit nous réussissons à faire de cette traversée du temps retrouvé une expérience proustienne (mémoire, pastille à la bergamote, exercice de la sensibilité), soit c’est le vrai effondrement : celui de soi-même. Heinrich von Kleist dans Michael Kohlhaas donne une clef : « du fond de sa douleur de voir le monde dans un si monstrueux désordre, surgissait la satisfaction secrète de sentir l’ordre régner désormais dans son cœur ». À chacun est offerte une occasion (rémunérée) de faire un peu d’ordre en son cœur. Une inégalité immédiate se révèle. Certains ont une vie intérieure, d’autres non. J’éprouve de la compassion pour ceux qui passeront ces journées loin d’un jardin. Mais j’en ai aussi pour ceux qui n’aiment pas la lecture et ne « se doute[nt] pas le moins du monde qu’un Rembrandt, un  Beethoven, un Dante, ou un Napoléon ont jamais existé », comme l’écrit Zweig au début du Joueur d’échec. On peut savoir gré au président Macron d’avoir lancé dans son discours du lundi 16 mars le plus churchilien mot d’ordre : « Lisez. » C’est tout de même plus beau que « Enrichissez-vous » de Guizot. Julien Gracq dans En lisant, en écrivant donnait semblable indication thérapeutique : « Le livre ouvre un lointain à la vie, que l’image envoûte et immobilise. » Vous voulez explorer vos confins ? Ouvrez des livres. Devant un écran, vous serez deux fois confinés ! Le temps est une substance. Il se modèle. Nous l’avions perdu, on le retrouve. C’est une grâce. La révolution écologique commence par une écologie du temps. Nous autres humains du xxie siècle partons très défavorisés dans le défi qui nous est imparti. Car le nouvel ordre digitalo-consumériste nous a habitués à craindre le vide. La révolution digitale est un phénomène hydraulique. Internet, pompe excrémentielle, remplit l’espace vacant à grand débit. Le tube a soif. Il faut que ça coule ! Soudain le confinement impose une expérience du vide. Il ne faut pas faire comme la connexion intégrale le préconise : remplir tout avec n’importe quoi. Les hommes qui pourraient nous éclairer en ces temps de récollection sont les Chartreux. Ils s’y connaissent dans la dialectique du tout et du rien. Ils commenceraient par faire ce que je ne fais pas. Se taire.

  1. La poésie peut-elle être un secours dans cette solitude?

Un secours ? Mieux ! Un antidote. Elle prémunit du premier assaut du virus : l’envahissement de la pensée (anxiété en langage de psychologue). Nous autres, du xxie siècle, étions sortis de l’Histoire, c’est-à-dire du versement de nos petites individualités dans la machinerie collective. Soudain, quelque chose nous y propulse. « Le siège de l’âme est là où le monde intérieur touche le monde extérieur », écrit Novalis. Le virus est une fleur du mal poussant au contact entre le monde intérieur et extérieur. S’il épargne l’intégrité de notre organisme, il révélera la solidité de notre âme.

  1. Vous avez connu l’hôpital, les soins, le dévouement autour de vous. Que voulez-vous nous dire de nos médecins, infirmières qui travaillent jour et nuit pour nous?

Le général Gallet avait commandé la lutte contre l’incendie de Notre-Dame. Il se trouve chargé de diriger une cellule de crise au temps du virus. Dans les deux cas, lutte contre la propagation. On dit d’ailleurs : « confiner un feu ». Un Plan blanc a été déclenché. Médecins, soignants et infirmiers se pressent aux postillons comme les pompiers aux flammes. Ils montent au front, vêtus de blanc. Ils ne décrochent pas. L’héroïsme n’a pas changé de définition : 9 sacrifice de soi. La nation se rend compte qu’elle dispose de ces corps qui acceptent de « sauver ou périr ». Nos sociétés sont bien outillées pour les catastrophes. Ainsi des époques. Dans l’Histoire de France, il y a eu des temps bâtisseurs (xiie siècle), conquérants (Premier Empire), artistiques (Belle Époque). À présent, nous sommes doués pour éteindre les brasiers. La dégradation de l’ordre ancien s’accompagne de l’augmentation des moyens d’urgence. Reconnaissons cela à la modernité : nous savons nous activer sur les décombres. Définition du progrès : amélioration des services de réparation du désastre.

  1. Ces heures peuvent-elle être l’occasion d’une réconciliation intérieure et peut être même collective? Que ferons-nous de cette épreuve ?

Comme je suis naïf, je me dis que les passagers du train cyber-mercantile se livreront à un aggiornamento. Les civilisations s’étaient fondées sur quelques principes : séparation, séclusion, distinction, singularisation, enracinement. Confinement, quoi. Quelques décennies ont balayé cela au nom d’une idéologie : le globalisme égalitaire préparatoire à la grande braderie. La propagation massive du virus n’est pas un accident. C’est une conséquence. On se rend compte soudain d’évidences oubliées. Énumérons-les. Rester chez soi ne veut pas dire haïr son voisin. Les murs sont des membranes de protection et pas 10 seulement des blindages hostiles. Ils sont percés de portes, on peut choisir de les ouvrir ou de les fermer. Lire ne veut pas dire s’ennuyer. Autre découverte : l’action politique n’est pas morte. Nous pensions que l’économie régentait seule le parc humain. Les ministères des affaires étrangères étaient devenus des chambres de commerce pour reprendre le mot de Régis Debray. Soudain, réactivation de la décision d’État. Divine surprise ! Alors que nous pensions la mondialisation « inéluctable » (c’est le mot favori des hommes politiques, blanc-seing de leur démission !) nous nous rendons compte que l’inéluctable n’est pas irréversible et que la nostalgie peut proposer de nouvelles directions ! Soudain, le Président annonce la fermeture des frontières de Schengen et confine sa population. Il est donc possible de décider de décider. Devant la prétendue inéluctabilité des choses, le virus du fatalisme possède son gel hydroalcoolique : la volonté. « En marche ! » est finalement un merveilleux slogan, une fois accompli le demi-tour.

SYLVAIN TESSON

Indigo de Catherine Cusset. Gallimard. 💛

Indigo par Cusset

Ce roman Indigo est une véritable déception. Une fois que l’on a dit Qu’Indigo est la couleur bleue sombre des vêtements indiens ou encore la couleur d’un ciel orageux indien , on pense avoir tout dit .
Et bien non car il y a encore le jeux de mots Indigo
et Inde I go !.
Voilà vous savez forcément que l’action du roman ce passe en Inde. Plus particulièrement en Inde du Sud entre Tamil Nadu et Kérala.
Dans cette partie sud de l’Inde l’Alliance Française a organisé un festival culturel pendant 8 jours.
Quatre français , deux hommes et deux femmes viennent y participer.
Ils sont écrivains ou réalisateurs.
A ces quatre personnages s’adjoint Géraldine qui organise ce festival pour l’Alliance Française.
Chacun est venu en Inde avec son petit baluchon de questions existentialistes, de fantasmes sexuels, de vernis occidental.
Et pendant tout le roman , passant de l’un à l’autre au gré des chapitres, Catherine Cusset va disséquer les questionnements de ces Bobos en Inde.
Contrairement à ce qu’affirme la quatrième de couverture, Catherine Cusset ne nous fait pas découvrir une humanité complexe, tourmentée et captivante.
Je n’ai trouvé aucune empathie pour un quelconque personnage de ce roman et ils ne me laisseront aucun souvenir.
Même pas le souvenir de l’Inde du Sud qui n’est qu’un prétexte aux aventures artificielles des personnages.
Quel dommage.