Journal d’un amour perdu d’Eric Emmanuel Schmitt. Albin Michel. 💛💛💛

Journal d'un amour perdu par Schmitt

Comme à l’habitude Éric Emmanuel Schmitt écrit bien. L’écriture est fluide, la langue française est à son meilleur. L’humanisme, l’empathie, l’émotion habite le livre. Et pourtant il y a un je ne sais quoi qui dérange.
Pourtant le sujet du roman Journal d’un amour perdu est on ne peut plus universel : la perte de sa Maman.
Peut être que ce qui me dérange est cet amour quasi incestuel entre Éric Emmanuel Schmitt et sa mère.
Tout cela est remarquablement écrit, ressenti. Les moments de détresse, tout comme les moments de l’enfance. Et pourtant il y a quelque chose qui dérange.
Serais ce le besoin de nier le père ( secret de la naissance ) afin que seule existe la relation avec Maman.
Et que penser du secret détenu par les Riklin sinon qu’il s’agit d’une facilité romanesque pour faire exister un moment le père.
Vous aurez compris que je reste mitigé, partagé devant ce Journal d’un amour perdu.
Contrairement à ce qui est indiqué en quatrième de couverture, je ne pense pas que nous touchions à l’universel à force de vérité personnelle et intime.
La vérité intime n’est que partielle et partiale. L’universel ne se suffit pas de partialité et de vérité partielle.

La panthère des neiges de Sylvain Tesson. Gallimard.💛💛💛💛💛

La panthère des neiges par Tesson

Sylvain Tesson est toujours là où on ne l’attends pas.
Cette fois ci il est sur les hauts plateaux du Tibet plus particulièrement sur le plateau du Changtang .
Il est sur ce haut plateau avec Vincent Munier, photographe , Marie compagne de Vincent et Leo assistant philosophe..
Nous avons connu Sylvain Tesson aventurier se retirant 6 mois dans les froids sibériens, nous avons connu Sylvain Tesson chevauchant une vieille moto russe pour revivre la Berezina napoléonienne. Nous l’avons connu aussi arpentant les chemins noirs de France ou encore les chemins de la liberté après le goulag.
Toujours trépidant , en mouvement, à la recherche d’aventure extrême Sylvain Tesson nous reviens apaisé.
Mais l’on reste dans l’inédit, l’étonnant, l’unique.
Sylvain Tesson va nous raconter l’affût à 4 800m d’altitude pour apercevoir la panthère des neiges.
Et l’affût demande du temps de la patience, du calme et pour ainsi dire un effacement de soi. Pas possible de fumer un bon gros cigare pour passer le temps.
Dans ces paysages de froid du Haut Tibet où l’attente devient moteur de vie, Sylvain Tesson par de courts chapitres rassemblés autour d’une idée nous fait réfléchir sur l’Etre, la spiritualité ( Tao et bouddhisme ) mais surtout sur la place de l’homme et des animaux en ce monde.
Cette réflexion apportée dans un monde minéral et animal remet l’homme à sa juste place.
Enfin de façon plus personnelle, Sylvain Tesson nous parle de deux femmes , sa mère et son ancienne compagne, de façon très émouvante. Une autre facette de l’écrivain voyageur. L’armure se casse…. et c’en est que mieux.
Un livre à garder auprès de soi pour picorer à volonté un chapitre ou l’autre et se réjouir des aphorismes de Sylvain Tesson.
Pour la route : La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur.

Lautrec de Matthieu Mégevand.Flammarion. 💛💛💛💛

Lautrec par Mégevand

Ce livre est le deuxième volet d’une trilogie sur la création.
Le premier volet à été publié en 2018 sous le titre La bonne vie

Vous pouvez trouver mon billet  sur ce livre , sur le blog.
A travers les deux premiers volets de sa trilogie Mathieu Megevand interroge le phénomène de la création en le rapprochant de la destruction.
Dans son premier roman ,la création advenait par une quête existentielle et une prise massive d’alcool et de drogues de Roger Gilbert Lecomte, poète des années 1930
Dans son deuxième volet, il interroge toujours la création à travers un artiste mondialement connu : Henri Marie Raymond de Toulouse Lautrec Monfa.
Ce livre n’est pas une biographie, ni une étude des toiles De Toulouse Lautrec.
A travers la vie De Toulouse Lautrec, Matthieu Megevand veut nous amener au plus près de l’acte de création. Et de nous montrer que celui-ci est toujours proche d’une destruction .
Avec Toulouse Lautrec ce lien entre création et destruction vient de sa petite taille, due à une maladie génétique.
Sa vie de peintre à Montmartre s’est nourri de ce handicap et du regard que lui portait les femmes.
Accro à l’alcool , au rhum et à l’absinthe , il devint le peintre des cabarets, des bordels et des maisons closes.
Avec les danseuses, les prostituées et les petites gens, il trouvait une proximité de vie et de handicap.
D’un côté des femmes abandonnées par la vie,essayant de survivre, de l’autre côté Toulouse Lautrec au physique abandonné.
Cette catharsis à pu se développer et Toulouse Lautrec à pu rendre par ces dessins, ces peintures, ces lithographies, des instants de vie du monde des prostituées et des cabarets.
Cette création proche de la destruction montre des êtres bruts et vivants.
Toulouse Lautrec mourra à 36 ans de la syphilis et nous laissera une oeuvre foisonnante et multiple.
Matthieu Megevand par sa représentation de la création nous donne envie de courir à l’exposition du Grand Palais à Paris sur Toulouse Lautrec.

La nuit se lève d’Elisabeth Quin. Grasset 💛💛💛

La nuit se lève par Quin

J’ai retrouvé dans le livre d’Elisabeth Quin La nuit se lève, la journaliste qui anime 28 minutes sur Arte. Les côtés positifs comme les côtés négatifs.
En tant que journaliste elle fait preuve d’une élégance, d’une culture, d’une neutralité qui sied globalement à l’explication factuelle de l’actualité. C’est propre,c’est clair, c’est toujours de bonne compagnie.
Évidemment que l’on retrouve tout cela dans le livre d’Elisabeth Quint.
Et c’est là que le bât blesse et que les côtés négatifs d’Elisabeth Quint ressortent.
Pour parler de sa maladie et de son glaucome qui peu à peu la rend aveugle, elle reste dans le factuel, la comparaison avec des écrivains, des personnages célèbres qui ont connu la même maladie.
Toujours cette pudeur et cette neutralité.
Elisabeth Quint ne réussit pas ( ou n’as pas pu ou voulu) à briser l’armure.
La démarche d’Elisabeth Quint est respectable mais sans se dévoiler plus, ce livre perd beaucoup de son intérêt

Nous, L’Europe banquets des peuples de Laurent Gaudé. Actes Sud .💛💛💛💛💛

Nous, l'Europe : Banquet des peuples par Gaudé

Nous, l’Europe banquets des peuples est de la même veine que de Sang et de lumière. Indignation, colère, passion ,la violence du verbe, le tout au service d’une poésie épique.
Il m’est difficile d’être objectif avec la poésie ou la prose de Laurent Gaudétellement je la trouve juste éprise d’un souffle incandescent,
J’ai offert ce livre à l’une de mes filles en lui écrivant un petit texte sur la page de garde.
Ce sera ma chronique / critique de Nous, l’Europe banquets des peuples
Par dessus les Flandres
Et jusqu’au cours du Rhône
Le banquet de l’Europe est une nécessité
Depuis 4 générations l’Europe à survécu à  la fin de l’ère industrielle,
A une soif coloniale qui a découpé des territoires comme un damier
A La cruauté de deux guerres mondiales qui ont laminé les hommes,
A l’idée  qu’il pouvait y avoir des hommes inférieurs
A La construction d’un mur
A des dictatures sur les terres portugaises, espagnoles, grecques.
L’Europe est revenu de tout malgré sa Technocratie,
Malgré sa difficulté à entendre les peuples
Elle continue à mal entendre
A mal entendre le ressac de la Méditerranée
A mal entendre le souffle des Européens.
Les nationalistes parlent à ses frontières
Et pourtant l’Europe n’a jamais été  aussi nécessaire pour éclairer le monde
Alors n’ayons pas peur des utopies, du partage, de l’invention, des colères salvatrices.
C’est à cette génération , la vôtre mais aussi encore un peu la nôtre,
D’emporter notre Europe dans un fracas d’idées et de rêver plus grand.
Festoyez au Grand banquet des peuples.

Le naufrage des civilisations d’Amin Maalouf. Grasset 💛💛💛💛

Le naufrage des civilisations par Maalouf

Le naufrage des civilisations est un essai d’Amin Maalouf pour parler de notre monde.
Depuis plus d’un demi siécle Amin Maalouf a parcouru le monde que ce soit à Saigon pour la chute du Vietnam ou encore à Téhéran pour le retour de l’Ayatollah Khomeiny en Iran.
Amin Maalouf d’origine libanaise a une réflexion experte sur le Liban , le Levant et le moyen Orient.
C’est à partir de ma terre natale que les ténébres ont commencé a se répandre sur le monde écrit Ain Maalouf.
C’est la base de cet essai qui depuis les années 45 jusqu’à maintenant va décrire le naufrage des civilisations.
S’appuyant sur les grands événements historiques comme l’arrivée au pouvoir de Nasser en Egypte , la guerre des 6 jours , la partition du Liban ou encore le retour de Khomeiny en Iran, Amin Maalouf nous fait revivre de façon passionnante cette histoire qui a modelé le monde.
Entre conservatisme et progressisme Amin Maalouf nous fait comprendre l’importance de l’année 1979/ 1980 avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Tatcher , de Ronald Reegan et l’élection de Jean Paul II.
Ces années 1979 /1980 qui sont à l’origine des profonds changements qui mènent au naufrage des civilisations.
Naissance du terrorisme djihadiste , prédominance du conservatisme et du repli sur soi.
C’est clair , c’est net , c’est précis.
C’est grave , un peu noir mais c’est une réalité.
Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel et sans être un oui-oui ou un ravi de la crèche il me semble que le constat est trop noir et qu’il laisse peu de place à une prise de conscience.
Elle sera sûrement tardive , mais pourquoi n’existerait-elle pas ?

Histoire d’un Vignoble : Limoux de Turetti et Chaluleau. Editions Loubatières.💛💛💛💛

Histoire d'un vignoble, Limoux par Chaluleau
Histoire d’un vignoble LIMOUX est un opuscule de 140 pages qui retrace l’histoire et l’évolution du vignoble de Limoux situé dans l’Aude à 20 kms de Carcassonne .
Le vignoble de Limoux est connu pour sa blanquette , vin pétillant.
Ce livre fait la part belle à cette blanquette mais n’oublie pas les vins blancs tranquilles ni les vins rouges.
Ce livre , malgré son érudition, reste agréable à lire et permet de découvrir ce vignoble et son évolution.
Qui sait que la Blanquette de Limoux était le vin préféré de Thomas Jefferson troisième président des Etats Unis.
Ce livre nous rappelle aussi qu’avant d’être décriée la Blanquette de Limoux fut sur toutes les tables de l’aristocratie et de la troisième République.
Ce livre nous apprend aussi ce qu’est la méthode champenoise pour rendre un vin tranquille effervescent.
Enfin quelques vignerons produisent encore la Blanquette de Limoux avec la méthode ancestrale. Seule entre en ligne de compte le sucre contenu dans le cépage mauzac vendangé et les conditions climatiques voire cosmiques.
Le moût fermente à 6 degré d’alcool avant d’être mis en bouteille au mois de mars au moment de la vieille lune, c’est à dire à la lune descendante et le vin prend alors mousse.
Depuis une dizaine d’années des vignerons champenois sont venus s’installer dans le Limouxin pour perpétuer la qualité de cette blanquette de Limoux.
Elle fût dévoyé au milieu du 20ème siécle , car le Languedoc Roussillon était une région vinicole de quantité et plus de qualité.
C’est un temps révolu . L’AOP Limoux ( première appellation historiquement) a retrouvé ces lettres de noblesse.
C’est toute cette histoire que nous raconte Laurence Turetti et Georges Chaluleau.
c’est passionnant car on y retrouve l’évolution de la viticulture mais aussi et surtout l’évolution des moeurs et des réalités sociales.
Et le livre étant fini , je n’ai pu que descendre à la cave chercher une bouteille de Blanquette de Limoux ( car j’en ai )
Une bouteille en méthode ancestrale de Jean Louis Denois « Lune Vieille de Mars ».
Des arômes beurrés et un goût de pomme pour fermer ce livre.
Quoi de mieux !