Requiem pour une république de Thomas Cantaloube. Série Noire Gallimard. 💛💛💛💛

Requiem pour une République par Cantaloube

Requiem pour une république  est le premier roman policier et politique de Thomas Cantaloube. Il est suivi d’une suite Frakas qui est sorti en avril 2021. Les deux livres peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre bien que les personnages soient récurrents.  Chaque roman à sa propre histoire et se clôt.
Le premier roman Requiem pour une république se situe entre 1959 et 1961 à Paris..
A l’automne 1959 un avocat algérien  lié au FLN est assassiné à Paris. Mais cet assassinat tourne à la tragédie car toute la famille sera décimée soit 5 personnes.
Trois personnages principaux et récurrents sur les deux romans sont à la recherche du meurtrier.
Tout d’abord Luc Blanchard, jeune flic du Quai des Orfévres, puis Antoine Carrega , ancien résistant, corse , en accointance avec le Milieu,  enfin Sirius Volkstrom, ancien collabo et réalisateur des basses oeuvres de la Préfecture de police et de Maurice Papon.
A partir de ces trois personnages principaux, Thomas Cantaloube va nous immerger dans ces années 1960 marquées par la guerre d’Algérie.
Tout le talent de Thomas Cantaloube réside entautre dans sa faculté à interagir entre la fiction et la réalité.  L’une ne prenant pas le pas sur l’autre. Et de passer du bureau de Maurice Papon à celui de François Mitterand, tout en n’oubliant pas d’aller à un meeting de Michel Debré et de saluer Charles Pasqua.
L’écriture est cinématographique,  les décors nous rappellent les noirs et blancs des films des années 50 . ( d’ailleurs Alfred Hitchcock saura se rappeler à votre bon souvenir )
Toutes les arrières salles de bar sont louches à souhait, les arrondissements de Paris quittent de pluie et de nuits.
En plus de ce talent d’ecriture, Thomas Cantaloube nous rappelle qu’ il est un ancien journaliste de Mediapart. Tout est documenté et sourcé.  Et au delà du roman policier, apparaît le roman politique.
Ces années 1960 sont les premières années de cette cinquième république  qui nous régit toujours.  Ces années soixante qui sont  peut-être les germes du racisme et de l’immigration des années actuelles.
En synthèse,  un grand plaisir de lecture policière et en même temps un regard acéré sur ce monde politique qui nous gouverne,.
Nous retrouverons les mêmes protagonistes dans Frakas.  Nous sommes 1 mois plus tard et l’Afrique et le Cameroun les attendent : guerre du Cameroun  , naissance de la Françafrique , meurtre…..
Policier, politique le même cocktail, le même plaisir.

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Migrations de Charlotte McConaghy. JC Lattès. 💛💛💛 💛

Migrations par McConaghy

Nous sommes dans quelques années sans savoir précisément laquelle. La sixième extinction de masse a commencé. Exit les lions, les loups, les corbeaux. Régulièrement une espèce disparaît. Les poissons ont disparu des océans presque totalement. Les oiseaux ont déserté le ciel.
Pourtant il semble que l’oiseau migrateur le plus endurant résiste.  Il s’agit de la sterne arctique. Celle-ci migre tous les ans de l’Arctique aux confins de l’Antarctique en suivant les côtes africaines ou sud-américaines. Durant son périple elle engloutit des bancs de petits poissons.
Franny Stone est une jeune femme incapable de se fixer. D’Australie en Irlande, elle a toujours été subjuguée par la mer, les oiseaux. Un baûme sur les pertes qui ont bouleversé sa vie.
Sans en connaître la raison au début du roman, nous suivons Franny au Groenland où elle suivre la migration des serbes arctiques.
Elle convint Ennis,  patron d’un chalutier de l’emmener avec son équipage afin de suivre la migration des sternes. Pour les pêcheurs,  c’est tout bénéfice avec la promesse que les oiseaux les mèneront à des poissons devenant très rares.
Cette longue migration , vers le Sud sera l’occasion d’apprendre par bribes les aléas de la vie de Franny.
Migrations porte bien son pluriel.
Migration du monde en général,  qu’il soit animal ou humain. Mais les humains ne sont ils pas des animaux ?
A travers un jeu d’aller retour bien maîtrisé,  Charlotte McConaghy nous délivre un roman brutal et poignant.
Cette anticipation de quelques années n’est pas si loin de notre quotidien et nous interpelle fortement sur notre rapport au réchauffement climatique et à la transition écologique.
Quant à l’histoire de Franny que l’on découvre peu à peu, elle nous tient en haleine et par sa brutalité nous rappelle la brutalité de cette sixième extinction de masse qui n’est pas une fatalité
Dernière phrase du roman :
 » Ma mère me disait toujours de guetter les indices.
Les indices de quoi ?
Les indices de la vie.  Ils sont partout « 

Ps. Il s’agit d’un premier roman de très grande tenue que l’on ne lâche pas

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.Charlotte McConaghy est scénariste et vit à Sydney. Ovationné par la critique, Migrations, son premier roman est en cours de traduction dans plus de vingt pays.

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens. Editions Seuil.💛💛💛💛

En Caroline du Nord, au bord de l’océan  pas loin de Barkley Cove,  dans un marais vit une fille sauvage. Elle s’appelle Kya. Ce sont les habitants de Barkley Cove  qui ont décidé que Kya était une jeune fille sauvage, sûrement analphabète et potentiellement dangereuse.
Les raisons de cet à priori ?  Kya, la fille des marais a été abandonnée  par ses parents et ses frères et soeurs. Elle a refusé d’aller à  l’école et s’est réfugié dans son marais.
Nous sommes entre 1952 et 1969 dans un État segrationniste où les Noirs vivent dans leur propre ville Colored Town.
En 1969, un jeune homme, Chase Andrews est retrouvé mort au pied d’une Tour de guet.
Les soupçons se portent rapidement sur Kya la fille du marais.
Delia Owens va nous entraîner dans un mouvement de balancier de 1952 à 1969 afin de détricoter et construire la mort de Chase Andrews : accident, meurtre ?
Au long court des 500 critiques sur Babelio, beaucoup a été dit sur ce roman, jusqu’au superflu.
Je n’en rajouterai pas
Je préfère insister sur l’émotion que suscite Là où chantent les écrevisses.
Émotion à découvrir la vie de Kya, à être ébahi par sa volonté.
Ému par sa relation avec la nature,  avec la vie végétale et animale du marais.
Comment ne pas être happé  par la lumière des lucioles ou encore emporté par le souffle des battements d’ailes de milliers d’oies.
Cette nature exubérante qui est la vie de Kya, qui est son intelligence et son regard sur le monde . Et dans cette nature de marais labyrinthique , Kya se perd, se cherche . Elle trouve des appuis, des amitiés, même des amours.
Mais jusqu’où ces amours sont ils sincères ?
Tout au long du roman Délia Owens est en empathie avec ces personnages. Les figures de Jumping et Mabel sont représentatifs de cette empathie. Noirs, discriminés,  ils ressentent au plus profond d’eux mêmes la solitude et le rejet dont est victime Kya.
Tout comme le jeune Tate,  qui souhaite sortir  Kya de cette solitude.
Malgré ces soutiens Kya ne peut compter que sur elle même pour faire face à la nature et à l’homme.
Sa volonté , ses certitudes nous entraînent dans des contrées  inconnues qui nous  laisseront à ses côtés , dans l’attente d’un vol de millier d’oies qui enluminera le ciel.
Reste néanmoins un roman tragique.
Mais n’est ce pas de ces moments tragiques qu’affleurent l’émotion et le plaisir de la lecture ? .

Delia Owens : le best-seller inattendu

Dérive des âmes et des continents de Shubhangi Swarup. Métailié. 💛💛💛💛

Dérive des âmes et des continents par Swarup

Voici un premier roman au souffle incroyable. le titre du roman , déjà, nous dit que nous partons pour une aventure de l’âme et de l’esprit . Dérive des âmes et des continents portent on ne peut mieux son titre. Il faut accepter de dériver, de se laisser aller à ces spiritualités d’Asie et d’Inde. Il faut accepter de quitter le rationnel, il faut accepter de ne pas tout comprendre . Laisser dériver….. C’est un immense plaisir.
Deux jeunes mariés s’installent dans les Iles Andaman , entre Inde et Birmanie. Ils savent qu’ils se sont aimés dans une autre vie. Lui ,Girija Prasad est scientifique fasciné par les volcans et les éléments naturels . Elle, Chanta Devi est un peu sorcière, parle aux arbres, prévoit les tremblements de terre.
Dans ce roman la dérive n’atteint pas que les âmes, elle atteint aussi ce sous continent indien qui , il y a des millions d’années est venu se fracasser sur la chaine himalayenne. de ce fracas géologique, il reste des plaques de subduction et des failles qui courent entre les iles Andaman et l’Irrawady en Birmanie. ces failles et ces plaques qui font remonter à la surface une nature intemporelle datant des prémices de l’univers : pierres , fossiles, minéraux, arbres mais encore fantômes, âmes.
Dans cette grande région entre Inde, Birmanie , Sri Lanka , Népal et Pakistan , les hommes vivent depuis des millénaires au rythme de la furie de la nature : Tsunami, tremblement de terre , mousson , violence de la montagne. Face à ce déferlement de la nature , les hommes ont opté pour des spiritualités : hindouisme, bouddhisme qui prônent la réincarnation.
C’est cette dérive dans laquelle va nous entrainer Subhangi Swarup.
Je me suis laisser prendre dans les filets de cette dérive. Un lâcher prise où nature et spiritualité font trembler la terre de l’Océan Indien à l’Himalaya.
J’ai été fortement touché par Dérive des âmes et des continents , car j’y ai retrouvé le miroir de ce que j’ai pu vivre et ressentir en découvrant ces pays.
Je suis aller en Inde du Sud dans des villages et sur des plages qui ont été dévasté par le tsunami de 2004. J’étais sur place une semaine avant le tsunami
Je suis allé deux fois au Népal en 2016 et 2018 suite au tremblement de terre d’Avril 2015. J’ai fait un trek dans le Langtang, région fortement touchée où Langtang Village a été rayé de la carte ( 275 morts)
En Octobre 2016 la région de Bagan , au bord de l’Irrawady était victime elle aussi d’un tremblement de terre. 6 mois avant , je déambulais au milieu des milliers de temples de Bagan.
Que ce soit en Inde , en Birmanie ou au Népal , j’ai été marqué et emplit de cette spiritualité quelle soit hindouiste, bouddhiste ou animiste.
Participer au coucher de Vishnu à Thanjavur ( Inde) , participer à une Kora autour du stupa de Bodnath ( Népal) vous entraine dans cette évanescence et cette réalité infinie de l’âme.
La dérive des âmes et des continents est une réalité .
De la même façon que l’on revient changé de ces contrées , ce roman change notre façon de regarder les paysages , la montagne , la forêts, les hommes et ces âmes qui tous dérivent depuis des millénaires.

Shubhangi Swarup - Babelio

Shubhangi Swarup est née en 1982 à Nashik, dans l’État du Marahashtra. Journaliste, réalisatrice, pédagogue, elle vit aujourd’hui à Bombay. Dérive des âmes et des continents est son premier roman. Elle a obtenu la bourse d’écriture créative Charles Pick à l’Université d’East Anglia (Norwich).

El Curandero de Paul Vanderstappen. Editions Meo.💛💛💛

El Curandero par Vanderstappen

Tout d’abord merci à  Babelio et aux Éditions Meo pour l’envoi du roman  El Curandero de Paul Vanderstappen dans le cadre de la Masse Critique.
El Curandero est un premier roman initiatique et étrange.
Roman court, il se situe entre 2005 et 2015 de part et d’autre de l’Atlantique, de la Belgique au Chili.
El Curandero signifie celui qui soigne, celui qui se soigne.
Et effectivement le roman est une quête de sens, une quête de soi.
Le narrateur a un vécu,  une histoire qu’il porte mais qu’il n’arrive pas à exprimer
Cette histoire est en lien avec un  deuil qui réveille des événements antérieurs  et fait resurgir des fantômes enfouis mais non oubliés
Cette résurgence de souvenirs va entraîner le narrateur de Belgique au Chili et plus particulièrement à Valparaiso à la rencontre de personnages réels et d’autres dont on ne sait  la réalité.
A chacun de rentrer ou non dans cette histoire. le côté  parfois didactique ( Les entretiens avec le psychiatre ) et une certaine lenteur dans le récit   ne facilite  pas toujours la narration.
Sûrement le fait d’un premier roman.
Reste des personnages étonnants  ( Louisa- Gabriel ), des lieux de poésie comme La Sebestiana, maison de Pablo Neruda et Valparaiso.
Et Valparaiso, ce port mythique sur le Pacifique. Port du bout du monde où sont passé tant de voyageurs, d’écrivains et de baroudeurs.
 Un lieu qui correspond bien à la quête de sens et à la quête de soi.
En définitif un roman pour lequel il faut accepter de se laisser embarquer pour un voyage intérieur, une atmosphère.
Comme vous le constater par ce billet, j’ai embarqué. Ce ne fut pas toujours évident, je me suis dès fois perdu, j’ai un peu râlé sur un style simple, des facilités, mais j’ai été au bout du voyage. J’ai accosté et j’ai laissé infuser cette lecture quelques jours.
Et bien au bout de quelques jours il reste une petite musique, une évanescence.
Alors on embarque ! Oui. Non. A vous de voir !
Paul Vanderstappen est formateur d’éducateurs et de logopédes ( orthophoniste en Belgique )

Nos Corps étrangers de Carine Joaquim. La manufacture des livres . 💛💛💛

Nos corps étrangers par Joaquim

Nos corps étrangers est le premier roman  de Carine Joaquim. Est ce important que ce soit un premier roman  ? Non tellement Carine Joaquim embrasse de sujets.
Elle divise son roman en trois parties qui recouvrent chacune un trimestre d’une année scolaire.
Dans ces trois parties vont vivre  Elisabeth, Stéphane et leur fille Maeva. A cette famille il faut ajouter Maxence et Ritchie qui sont dans la classe de troisième de Maeva, mais aussi Sylvain et Clara qui sont les fenêtres vers l’extérieur pour Elisabeth et Stéphane .
De nombreux sujets vont être abordés : les relations de couple, l’anorexie, les migrants, les relations des ados,  le handicap, le mal être …. Mais à force d’accumuler les sujets ceux ci perdent de leur acuité.
C’est le principal écueil que j’ai ressenti en lisant ce roman . L’écriture ou le sens de la narration ne sont pas à mettre en cause. Carine Joaquim maîtrise son sujet et peut être trop. L’échelle de temps pour l’année scolaire ( mais est ce cette échelle de temps qui est prioritaire ?) est respectée mais en même temps Carine Joaquim en est prisonnière et  reste me semble t il sur le pourtour des émotions . Elle semble nous raconter de façon factuelle un certains nombre de situations fortes mais pour lesquelles nous restons étrangers pour reprendre une partie du titre du roman.
Nos corps étrangers sont autant physiques que psychologiques. Carine Joaquim les définit bien mais quand il s’agit  de les approfondir, cela reste à la surface des émotions.
Que gardons nous d’Elisabeth, Stéphane,  Maeva, Sylvain, Ritchie ou Maxence quand nous refermons le roman.
Ils ont tous vécu des moments cruciaux de leur vie mais ils nous reste des étrangers .
Vous comprenez que je reste entre deux eaux à la fin de ce roman. L’écriture,  la force de celle ci est bien présente mais la multitude de sujets importants et vitaux traités superficiellement au fil des pages et qui ne permettent pas un approfondissement des personnages prend malheureusement le dessus.

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 Née en 1976 à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur. ‘Nos corps étrangers’ est son premier roman publié.

Patagonie route 203 d’Eduardo Fernando Varela. Metaillé. 💛💛💛💛

Patagonie route 203 par Varela

 » La vie ne lui accorderait pas une seconde chance: la Patagonie était  tellement immense et illimitée qu’ils risquaient de ne jamais se retrouver, mais par un paradoxe de la géographie,  il arrivait que cette immensité  rapproche les personnes et que leurs chemins se croisent de nouveau  » ( page 349 )
Paradoxe de la Géographie.  La Patagonie est un territoire immense qui couvre le Sud de l’Argentine. Pour le nommer et le matérialiser Eduardo Fernando Varela nous entraîne dans la steppe, le désert,  la cordillère et l’océan.  Nous sautons de méridien en parallèle ,  le vent de face ou de dos mais toujours présent et prégnant. Les nandous et les guanacos batifolent dans ses grandes étendues en essayant de faire fi des interminables fils barbelés.
La Patagonie est striée de routes principales ou secondaires globalement perpendiculaires les unes aux autres. Elles relient des villages, des hameaux aux noms emplit d’histoire,de legende , de solitude et de désespoir :Saline du désespoir, Indien méchant , le ravin des Singes, La Pourrie, La Mule Morte.
C’est dans cette géographie paradoxale que roule le camion de Parker. Celui-ci charge et décharge de la marchandise entre les Ports de l’océan et de la Cordillère.  Il ne roule que sur les routes secondaires.  Il a ses raisons que nous découvrirons peu à peu.  Son camion et la Patagonie représente son univers. Univers qui tient dans son camion : table, chaises, meubles et lit. Imaginer tout cela installé à l’abri du camion, dans la steppe à la clarté des étoiles du Sud, entre onirisme et poésie.
Dans son road trip il va rencontrer Maytén, jeune femme tenant la billetterie d’un Jeu de Massacre dans une fête foraine. Il va en tomber amoureux et l’emmener avec lui au grand dam de Bruno son mari.Va commencer une longue course dans cette immense Patagonie où les personnages sont décalés ou déconnectés.  On croisera un journaliste à la voiture sans frein  qui recherche les épaves des U boat allemands, deux jumeaux boliviens gardien du train fantôme de la fête foraine ou encore des anthropophages.
Cela pourrait paraître absurde mais il n’en est rien dans ce pays de démesure,  et de légende.
Patagonie route 203 est un livre d’un certain lâcher prise et d’une poésie certaine. Eduardo Fernando Varela nous entraîne sur des chemins de traverse ou l’âme humaine vagabonde.
Ses chemins ainsi décrits :Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche  et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez allez arriver à la mer »
Entre temps Eduardo Fernando Valera nous aura perdu dans les dédales d’un train fantôme,  dans les sables humides d’une plage à marée basse aux côtés de Maytén et Parker, aux sons d’un saxophone ou d’un autoradio nasillard sautant de fréquence en fréquence.
Patagonie route 203 est un roman d’ambiance, de paysages mais surtout d’hommes et de femmes cabossés par la vie qui détiennent une part de poésie qui les rend attachants.
On apprécie  faire un bout de chemin avec eux et cette route 203  reste ouverte à tous les vents.

 

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Eduardo Fernando VARELA a 60 ans. Il vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise.
Patagonie route 203 est son premier roman.
PRIXPrix Transfuge du Meilleur roman hispanophone – 2020 – Patagonie route 203
Prix Femina étranger : finaliste – 2020 – Patagonie route 203
Prix du Premier roman : sélection catégorie romans étrangers – 2020 – Patagonie route 203
Prix Expression 2020 : sélection (prix de la librairie Expression à Châteauneuf de Grasse) – 2020 – Patagonie route 203
Prix LDB 2020-2021 : sélection (prix de la librairie des bauges à Albertville) – 2020 – Patagonie route 203
Sélection rentrée littéraire Fnac – 2020 – Patagonie route 203
Prix Casa de las Americas – 2019 – Patagonie route 203

Le bruit des avions de Sophie Reungeot. Harper Collins. 💛💛

Le bruit des avions par Reungeot

Le bruit des avions de Sophie Reungeot est un premier roman contemporain se déroulant entre 2015 et 2017.
Le 13 Novembre 2015 , Audrey est au Bataclan lors de l’attentat. Elle arrive à sortir saine et sauve et se précipite dans un taxi où se trouve Laura.
Audrey et Laura sont deux trentenaires bien en phase avec leur époque.
Audrey , originaire d’une famille de Nevers, est montée à Paris pour faire des études d’architecte d’intérieur. Elle travaille et subit Mika , prêtresse de l’architecture de luxe et des nuits parisiennes.
Laura , elle, est joueuse de poker professionnelle. Addict aux tables de poker et au poker on line.
Ce pitch posé, on se dit que le roman va tourner autour de la reconstruction après un attentat, ou encore autour de la relation entre Audrey et Laura.
Et c’est là qu’est la déception.
Cette reconstruction dans un monde post attentat aurait pu être le sujet principal du roman.
Malheureusement ce n’est pas le cas. S’ajoute des relations mère- fille , des mélanges d’histoire entre des binômes : Audrey /Laura – Christine/Betty – Nicole/Josiane .
Le tout noyé dans une profusion de termes anglais pour parler du poker et une bande son anglo saxonne ne se donnant pas la peine d’un minimum de traduction. Tout le monde n’est pas au top en anglais et les paroles de David Bowie ou Kate Bush auraient méritées une traduction.
En définitive , une déception avec une 1ère partie longue de 100 pages avant la rencontre d’Audrey et Laura.
Je m’attendais à un développement psychologique plus important sachant qu’un personnage avait subi un attentat et qu’un autre est addict au poker.
Ce manque de développement psychologique entr’autre fait qu’il est difficile d’adhérer aux personnages de Laura et Audrey.
On reste spectateur de ce Road trip. Il ne fait que passer.

Sophie Reungeot est une rescapée de l’attentat du Bataclan.

Butcher’s Crossing de John Williams 10/18💛💛💛

Butcher's crossing par Williams

Nous sommes dans l’état du Kansas aux États Unis en 1870. Plus précisément à Butcher’s Crossing , en français le carrefour des bouchers.
Et ce village de l’Ouest Américain porte bien son nom. C’est le lieu de rencontre et de vente de peaux pour les chasseurs de bisons.
C’est là que va arriver William Andrews, 23 ans étudiant à Harvard et qui souhaite découvrir la vie sauvage.
Il est venu à Butcher’s Crossing  pour rencontrer Mc Donald un tanneur de peaux que connaissait son père et surtout afin que Mc Donald lui présente des chasseurs afin de monter une expédition.
Ce sera fait.
Il va rencontrer Miller, le seul à savoir où se trouve l’un des derniers troupeaux de bisons caché dans une vallée montagneuse du Colorado.
Pour partir en expédition ils seront 4 : William Andrews, Miller mais aussi Schneider l’écorcheur de bisons et Charley Hoge conducteur du chariot.
L’expédition est formée d’un chariot , de 8 bœufs, de tonnes de poudre, de fusils et de victuailles.
Cette expédition deviendra une quête initiatique dans les grandes plaines et montagnes de l’Ouest Américain.
Âmes sensibles s’abstenir car le carnage des bisons ( comment dire autrement) peut retourner l’âme . J’y reviendrai un peu plus loin.
Mais il ne faut pas s’arrêter à cet état des choses.
L’écriture de John Williams nous restitue à la perfection ces grands espaces, mais aussi la psychologie et la quête de ces quatre hommes.
Comme dans toute quête initiatique il y a l’obligation du dépassement de soi et de la confrontation des hommes et de la nature sauvage.
C’est lyrique mais en même temps d’une réalité totale. C’est là force de l’écriture de John Williams qui  par sa simplicité nous rends compte  du cheminement de ces hommes.
Et par son récit,  John Williams magnifie ces troupeaux de bisons qui vont être victime d’un carnage monstrueux
Il nous dit aussi la force de la nature. Un grand livre de nature writing.
Enfin comment ne pas avoir envie de traverser ces grandes plaines pour rejoindre le Colorado et profiter sereinement et pacifiquement de la nature et des bisons.
« Il huma à pleins poumons l’air parfumé  qui montait de l’herbe, se mêlant à la sueur âcre du cheval. Agrippant fermement les rênes d’une main, il pressa l’animal des talons  et s’élança vers les Grands Espaces. »

L’âge de la lumière de Whitney Scharer. Editions de l’Observatoire .💛💛💛💛

L'âge de la lumière par Scharer

L’âge de la lumière est un très joli roman de Whitney Scharer pour nous raconter la vie romancée de Lee Miller.
Quel maestria pour un premier roman.
Roman historique, biographique mais aussi roman sensuel  et psychologique.
Lee Miller est une jeune américaine de 22 ans qui veut s’éloigner de sa famille et qui vient s’installer en France, à Paris en 1929.
Aux Etats Unis elle était une mannequin réputée,  que mettait en valeur son père Théodore a travers des photos et des nus.
Lee Miller est d’une beauté à tomber par terre mais elle ne souhaite plus être photographiée.
Elle souhaite devenir photographe.
A Paris, dans le monde artistique de 1929 il existe une personne reconnue de tous : Man Ray.
Man Ray est un illustre photographe vivant à Montparnasse et côtoyant Dali, Breton ou encore Cocteau.
Par hasard Lee Miller va rencontrer Man Ray et à force d’obstination elle va convaincre celui-ci de la prendre comme assistante.
D’assistante de Man Ray, Lee Miller deviendra son élève puis son amante.
Cela durera 3 ans de 1929 à 1932.
C’est cette période de  3 ans qui est au coeur du roman de Whitney Scharer.
A travers une documentation de tout premier ordre sur l’époque,  la photographie, Whitney Scharer va nous faire revivre l’évolution amoureuse, psychologique, féminine de Lee Miller, véritable personnage romanesque.
Dans une époque où il est difficile pour les femmes de s’émanciper, Lee Miller va réussir à faire reconnaître son talent alors que  Man Ray la canalise dans un rôle d’assistante et surtout de muse.
Lee Miller porte aussi en elle, l’inceste, le viol de son enfance. Tragédie qui impacte toute relation physique ou amoureuse. L’image du père,  l’image de Man Ray sont la même image de son rapport à  l’homme : une soumission et en même temps un besoin viscéral d’être soi.
Whitney Scharer par son écriture sensuelle donne naissance  un corps à corps physique et mental entre Lee Miller et Man Ray.
Au centre de ce corps à corps, la création,  la liberté, la passion, la dépendance et l’indépendance.
Dépendance au père, à l’amant, à l’homme mais aussi non reconnaissance d’une découverte photographique ( la solarisation ) ou d’une création photographique .
Whitney Scharer parséme son récit de très courts chapitres  pour nous focaliser sur des événements qu’a vécu Lee Miller pendant la Seconde Guerre mondiale.
Devenue reporter de guerre , Lee Miller a été  la première à photographier  Dachau , Buchenwald ou encore Vienne et Berlin.

Ou comment une jeune femme mannequin, se libéra  d’un carcan pour devenir une belle héroïne tragique.