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Sans jamais atteindre les sommets de Paolo Cognetti. Stock la cosmopolite. 💛💛💛💛💛

Sans jamais atteindre le sommet par Cognetti

Autant prévenir d’emblée . Cette chronique ne sera pas obligatoirement très objective car elle me renvoie a un vécu lors de différents treks au Népal.
Pour reprendre les choses dans l’ordre.
J’ai découvert Paolo Cognetti par la lecture de la félicité du loup. Cette lecture m’a amené vers Les huit montagnes.
Dans ces deux romans Paolo Cognetti faisait toujours référence au Népal à travers un porteur travaillant dans un refuge du Mont Rose , ou encore de son personnage Pietro parti travailler au Népal.
La douce petite musique du Népal se faisait entendre. Rester à s’embarquer pour Sans jamais atteindre les sommets.
Sans jamais atteindre les sommets est le récit de voyage de Paolo Cognetti au Dolpo dans l’Ouest du Népal.
Région isolée aux confins du Tibet. Paolo Cognetti y a passé un mois, parcouru plus de 300klms et franchis plusieurs cols à plus de 5 000 m sans atteindre aucun sommet.
Il faisait parti d’une caravane de marcheurs et de porteurs en autonomie totale.
Le livre relate cette expérience. Un livre de marche , de montagne. Comme il en existe un certain nombre.
Mais la marque Cognetti, c’est quelque chose ! Comme une poésie , une légèreté et un regard empathique sur les gens. Une montagne humaine.
Et Paolo Cognetti reprend les mots de Peter Matthiessen dans le léopard des neiges :
« Le secret des montagnes est qu’elles existent, simplement, comme je le fais moi même: les montagnes existent simplement ce que je ne fais pas. Les montagnes n’ont pas de signification, elles signifient: elles sont. Je résonne de vie, les montagnes résonnent et quand je puis l’entendre, nous partageons cette résonnance « 
J’ai retrouvé dans ce récit l’âme tibétaine , l’impermanence des choses , le profond sourire des népalais et tibétains.
Je me suis revu sur les chemins des Annapurna et du Haut Langtang . j’ai revu ces pierres de mani , les chortens , j’ai réentendu les Om mani padme hum.
Paolo Cognetti a vu l’arbre où finit le Dolpo et où petit à petit on revient dans un monde.
En quittant les Annapurna ou le Haut Langtang je n’ai pas vu d’arbre magique mais j’ai ressenti au profond de moi l’arrachement à ces terres montagneuses, spirituelles, terriblement humaines.
Le Népal reste ancré pour toujours.
Je vous l’avais dit, je ne serais pas obligatoirement objectif….

Paolo Cognetti, disciple de la montagne
Paolo Cognetti suit des études universitaires en mathématiques, qu’il abandonne très vite pour des études de cinéma, afin dit-il, « d’apprendre à raconter des histoires ». En 1999, il sort diplômé de la Civica Scuola di Cinema « Luchino Visconti », école de cinéma de Milan et fonde, avec Giorgio Carella, une société de production indépendante (CameraCar).
Il débute l’écriture en 2004 en participant à un recueil de nouvelles rassemblant les nouvelles plumes italiennes, un véritable « manifeste générationnel » proposé par les éditions minimumfax sous le titre La qualità dell’aria. Dans les années suivantes, il publie deux recueils de nouvelles Manuale per ragazze di successo (2004) et Una cosa piccola che sta per esplodere (2007), ainsi que le « roman à nouvelles », forme hybride entre le roman et le recueil, intitulé Sofia si veste sempre di nero (2012).
Le 8 novembre 2016 paraît Les Huit Montagnes (Le otto montagne), qui reçoit le prix Strega puis est traduit dans une trentaine de pays1 et dont la traduction française obtient le prix Médicis étranger en 20172.
Désireux de faire vivre la montagne en dehors des pistes de ski, il monte, en été 2017, avec son association Gli urogalli un festival consacré à la littérature, aux arts et aux nouveaux et nouvelles montagnardes baptisés Il richiamo della foresta (L’Appel de la forêt) en hommage à Jack London.
ancien bon stupa à dolpo, népal 910595 Banque de photos
Le Dolpo

Ubasute d’Isabel Gutierrez. La fosse aux ours. 💛💛💛

Ubasute par Gutierrez

Voici un premier roman très original. Cet opuscule de 120 pages tire son nom Ubasute, d’une tradition ancestrale japonaise qui voulait que l’on abandonne en montagne une personne âgée et malade..
Isabel Gutierrez va mettre en situation Marie , la maman malade et son fils Pierre.
Marie a conscience que sa dernière heure approche.
Elle demande à son fils Pierre de la porter auprès d’une roche et d’une grotte et de l’abandonner. Littéralement la porter dans une chaise sanglée sur le dos.
Ce sera pour Marie la dernière fois qu’elle pourra parler à son fils.
Parler n’est pas le mot juste . C’est plus parler en silence.
« Puisque nous allons ensemble, mon fils, sans que nos regards se croisent, puisque c’est le moment du départ et celui des dernières enjambées, à toi à qui j’ai appris à marcher et à pédaler, je parlerai en silence, je calerai le rythme de ma langue sourde, marche de vers iambiques, à la longueur de tes pas . Nous traverserons le temps du paysage ensemble.  » ( Page 28 )
Ce voyage intérieur sera l’occasion pour Marie de revisiter sa vie , que ce soit auprès de ses grands parents, de son mari, de ses enfants.
Tout cela est écrit dans une belle langue poétique qui nous touche dès la première ligne par sa vérité et sa sincérité.
Chacun peut s’identifier à un enfant , un parent. Tout cela peut nous être très proche.
Reste néanmoins un sentiment de trop plein, comme si Marie devait tout revisiter. Et cela au détriment de la relation avec son fils.
Enfin quel poids fait porter ( au propre comme au figuré) Marie à son fils qui est l’élu pour abandonner sa mère.
L’Ubasute tradition japonaise peut elle être transposée telle quelle dans la société occidentale ?
Ces points abordés, le récit d’Isabel Gutierrez demeure très fort et émouvant.
Un beau premier roman.

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Isabel Gutierrez est une écrivaine française. Elle enseigne la littérature et le cinéma à Grenoble.

Comme nous existons de Koutar Harchi. Actes Sud. 💛💛💛💛D

Comme nous existons par Harchi

Comme nous existons est un récit autobiographique qui retrace le cheminement intellectuel et politique de l’auteure Kaoutar Harchi.
Celle-ci est née en 1987 dans l’Est de la France. Elle est une enfant de l’immigration.
Ses parents Hania et Mohamed, Marocain, sont venus s’installer dans la ville de S dans l’Est de la France.
Par ce récit, Kaoutar Harchi nous plonge dans la réalité de son enfance, de sa jeunesse au sein de cette famille à la double appartenance marocaine et française.
Le parcours personnel de cette famille nous montre la violence sociale et politique mais aussi la réalité de ces familles déchirées entre deux cultures.
C’est un récit nécessaire, vital.
Il faut savoir lire et entendre les mots postcolonial, race blanche.
Il faut entendre et comprendre cette filiation entre Hania-Mohamed et Kaoutar. Hania et Mohamed donnent tout pour Kaoutar jusqu’à l’inscrire dans une école catholique afin de la soustraire au danger. Cette école, dont un professeur la traitera de  » m’a petite arabe « 
Pour l’auteure c’est un monde de rapport de classe de race qui marque les existences. Dans cette difficulté à trouver une place qui respecte sa culture et ce pays d’adoption, elle n’oubliera jamais ses parents.
Les dernières lignes de ce récit :
« Ce jour là une photographie aurait dû être prise qui aurait exprimé, à elle seule, bien plus que tout ce que j’écris ici en toute sincérité. Vous me verriez alors debout sur le pas-de-porte de l’appartement parental, un sac sur le dos, une valise neuve à la main. Et vous verriez Hania, se tenant sur le seuil de sa cuisine, légèrement penchée vers l’avant, les mains plongées dans son tablier, et Mohamed, sur le seuil de son salon, les mains dans le dos, très droit, la tête haute. Je le redis: une photographie aurait dû être prise pour fixer, ne jamais perdre cette scène de notre existence. Ce tableau. « 
Et puis cette langue littéraire que nous donne Kaoutar Harchi. Un plaisir de lecture.
En cette période de  » zemmourisation des esprits  » ce livre est salutaire.

Kaoutar Harchi, Auteur à BALLAST

Kaoutar Harchi, née en 1987 à Strasbourg, est une écrivaine et sociologue de la littérature française.

À 22 ans, elle publie son premier roman Zone cinglée chez Sarbacane. Elle publie ensuite deux autres romans, L’ampleur du saccage en 2011 et À l’origine notre père obscur en 2014 chez Actes Sud. En 2021, elle publie Comme nous existons chez Actes Sud.

Extrait de Comme nous existons de Kaoutrar Harchi

Des voitures de police stationnées en contrebas. D’autres patrouillaient. Des garçons courant à toutes jambes,criant. Des mères aux fenêtres, le corps en avant, offert au vide, qui crient, elles aussi, des paroles incompréhensibles. De cette fin du mois d’octobre 2005, voici dont je me souviens encore : à l’Elsau, une agitation inhabituelle, troublante. Un désordre immense. et cet air. L’air était d’une lourdeur. Ca bruissait, partout, de voix hagardes. Et la nuit et son lot de frayeurs . Nous étions tous et toutes des silhouettes marchant à pas vifs sur les chemins caillouteux menant à nos maisons. La douleur était là, elle affluait et refluait. Mais personne n’a su, de loin, la reconnaitre. Personne n’a su, ni n’a voulu, au vrai, comprendre que quelque chose, et c’était l’histoire, recommençait.

Et de rejoindre Hania et Mohamed.

Ils se trouvaient dans le salon, assis l’un à côté de l’autre sur le canapé, courbés vers l’avant, les coudes appuyés sur les genoux, les mains jointes soutenant leur tête, les yeux rivés au poste de télévision. Sans qu’ils m’adressent la parole, ils se serrèrent et me firent une place à leurs côtés. Je nous revois, tous trois, ainsi, immobiles, suspendus à cette voix hors champ qui relatait, encore et encore, de plans en travellings, selon les informations alors connues, et d’un ton monocorde, le cours des événements…..

….Comprendre, oui, qu’au Chêne Pointu, durant ces vacances d’automne, en ce mois sacré du ramadan, ils avaient couru, Zyed Benna et Bouna Traoré, à travers un terrain municipal à l’abandon, cherchant à fuir la police – c’est toujours la police -, et ils étaient morts.

Et puis de partout, du fond du grand monde, la tristesse est née, et la tristesse est venue. Ce fut comme une vague épaisse qui est montée, toute cette tristesse qui nous a pris, Hania, Mohamed et moi et combien d’autres millions de famille ? Ainsi, nous avons compris que tout, maintenant, le quotidien, la vie, l’avenir irait sans eux, sans ces deux enfants.

La vague de tristesse, aujourd’hui encore, ne s’est pas retirée, n’a guère emporté, et n’emportera jamais avec elle, l’incompréhension, la colère. C’est une vague, une lame de fond, un raz de marée que nombre d’entre nous ont affronté. C’est former une communauté d’expérience. Et toute personne qui fut écrasée par cette affliction appartient à cette communauté. Et tel un oubli impossible, l’oubli refusé, nous parlons de Zyed Benna et de BounaTraoré.

Le lendemain matin, après que nous eûmes fini de prier, j’ignore qui, de Hania ou de moi, dit : maintenant il faut y aller – qui eut, oui, cette impulsion miraculeuse, politique. Et de nous lever, de revêtir d’un mouvement rapide nos vestes, et de sortir.

Au printemps des monstres de Philippe Jaenada. Mialet-Barrault 💛💛💛💛

Au printemps des monstres par Jaenada

Début de la quatrième page de couverture, Texte de Philippe Jaenada : Ce n’est pas de la tarte à résumer, cette histoire .
Oh que oui !
Essayons de faire simple.
27 mai 1964 – le corps d’un enfant de 11 ans, Luc Taron est trouvé dans les bois de Verrières en Seine et Oise.
Pendant un mois , un individu qui se fait appeler l’Etrangleur va inonder médias et police de plus de 50 courriers pour revendiquer le meurtre.
Au bout d’un mois il se fera arrêter . Il s’appelle Lucien Léger. Il a 27 ans. Il passe des aveux circonstanciés.
Un an et demi après il est condamné à la prison à perpétuité.
Il sera pendant très longtemps le plus vieux prisonnier français.
Il restera 41 ans en prison jusqu’en 2005.
Lucien Léger mourra en 2008.
Fermez le ban comme dirait Philippe Jaenada.
Cela ne mérite pas, à première vue un livre de 750 pages.
C’est mal connaitre Philippe Jaenada.
Comme dans la Petite Femelle , la Serpe , Philippe Jaenada va minutieusement reprendre tous les éléments de ce fait divers.
Et comme toujours, il va intriquer sa vie personnelle dans cette enquête. Fidèle à ses habitudes d’écriture les disgressions sont encapsulées dans de multiples parenthèses où l’humour vaut bien la longueur des parenthèses.
Reste que ce livre est un monument de documentation que Philippe Jaenada déstructure pour nous dire que les monstres ne sont pas obligatoirement où c’est le plus évident.
Dans cette société des années 60 encore proche de la fin de la Deuxième guerre mondiale, les Trente Glorieuses semblent très loin.
Philippe Jaenada nous dresse un portrait saisissant de cette époque en démontant point par point la réalité de tueur de Lucien Léger.
Il nous livre des pages étonnantes sur la réalité humaine d’Yves Taron , père du petit garçon tué. Il fait apparaitre des personnages au double jeu inquiétant tel Jacques Salce. Il n’exonère pas Lucien Léger de ses responsabilités.
Tout comme il n’oublie pas de nous montrer les terribles ratés ( volontaires ?) des différents enquêteurs et commissaires.
Malgré les incohérences du dossier , aucune demande de révision de procès n’aboutira.
Et puis il y a Solange, la femme de Lucien Léger . Bout de femme ballotée par la vie et de santé fragile. Fragilité de santé que l’on assimilera rapidement à une maladie mentale.
Solange qui restera fidèle à Lucien.
Solange , l’inverse d’un monstre.
Je suis sorti de ce livre un peu cassé par temps de noirceur, de folie , de mensonges , de monstres.
Tant de vies bousillées.
Cela reste une expérience de lire Philippe Jaenada et je ne la regrette pas.
Reprenant la quatrième de couverture de Philippe Jaenada : Dans cette société naissante qui deviendra la nôtre, tout est trouble, tout est factice.
Quel terrible constat.

Au printemps des monstres

Philippe Jaenada EAN : 9782080238184
752 pages
Éditeur : MIALET BARRAULT (18/08/2021)

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Philippe Jaenada est né à Saint-Germain-en-Laye où ses grands parents maternels possèdaient le restaurant Le Grand Cerf. Issu d’une famille de pieds-noirs récemment revenue d’Algérie, il a grandi dans une banlieue pavillonnaire de Morsang-sur-Orge dans l’Essonne1. Après des études scientifiques, il s’est installé à Paris en 1986 où il enchaîne les petits boulots pendant plusieurs années2. Sa première nouvelle est publiée en 1990 dans L’Autre Journal. Les sept premiers romans de Philippe Jaenada sont d’inspiration autobiographique. Outre ses livres, il écrit des articles pour le magazine Voici3. Avec sa compagne Anne-Catherine Fath, ils ont un fils, Ernest. Habitant le 10e arrondissement, il a ses habitudes au Bistrot Lafayette4.

Dans un style souvent humoristique, Philippe Jaenada se raconte dans ses sept premiers romans largement inspirés par sa propre vie. Il y raconte les péripéties d’un Parisien toujours muni de son sac matelot et habitué des bars de quartier « dans un déluge de phrases, de parenthèses, de digressions, avec un esprit d’une vivacité peu commune qui ne cesse de jouer à saute-mouton. Dans le drame, il n’oublie jamais la dérision, se mettant en scène en train d’écrire comme un forcené5. » Il se tourne vers le fait divers dans ses ouvrages suivants : Bruno Sulak (Sulak), Pauline Dubuisson (La Petite femelle) et Georges Arnaud (La Serpe, inspiré du triple assassinat du château d’Escoire). Tout en conservant son style caractéristique et ses anecdotes autobiographiques, il entreprend pour ces trois ouvrages un important travail de recherches archivistiques6.

Ces ouvrages lui ont valu de recevoir divers prix littéraires, notamment le prix Femina en 2017 pour La Serpe7.

En descendant la rivière d’Edward Abbey. Gallmeister. 💛💛💛

En descendant la rivière par Abbey

En descendant la rivière est une compilation de 11 textes ou nouvelles écrites par Edward Abbey dans les années 1980. Elles sont éditées pour la première fois en français en 2021 par les Éditions Gallmeister. Merci à elles !
Edward Abbey, américain, disparu en 1989 est l’un des grands personnages de la contre culture et l’écologie radicale.
Son roman le plus célèbre devenu culte, le gang de la clé à molette, est un creuset de contre culture et d’écologie radicale.
Edward Abbey est l’un des plus grands écrivains de l’Ouest Américain, qu’il s’agisse de parler des déserts, des canyons et rivières mais aussi des barrages et des effets néfastes de l’homme sur la nature.
Nous retrouvons ces thèmes sans les 11 textes formant En descendant la rivière.
Ces textes écrits dans les années 1980 n’ont pris aucune ride ! Bien pour la lecture mais inquiétant pour la prise de conscience insuffisante de la place de l’écologie et de la nature sur notre planète.
L’un des textes les plus long nous met en présence de Henry David Thoreau naturaliste et philosophe américain du 19 ème siècle. Un écologiste radical de la veine d’Edward Abbey. Mais surtout un homme de conviction, qui marque encore de nos jours par ses écrits et positions contre l’esclavagisme.
A côté de ce texte fort, quelques textes courts pour nous parler de l’ours, du faucon crécerelle et des rivières et des canyons.
En ayant toujours à l’esprit la grandeur de la nature et sa beauté
Un petit bémol : Edward Abbey est américain ; donc quelque soit les situations America First. Cela dénature le propos quelquefois.
Mais cela reste mineur. En descendant la rivière reste un livre salutaire qui interroge sur notre place et sur les motivations de nos dirigeants et de nous mêmes.

ABBEY Edward - Faune Sauvage

Edward Abbey, né le 29 janvier 1927 à Indiana dans l’État de Pennsylvanie et mort le 14 mars 1989 à Tucson dans l’Arizona, est un écrivain et essayiste américain, doublé d’un militant écologiste radical.

Lazare de Richard Zimler. Cherche Midi. 💛💛

Lazare par Zimler

Voici un livre qui me laisse dans l’expectative.
Il s’agit du portrait de Lazare, l’homme ressuscité par Jésus.
Pour raconter cette histoire, l’auteur Richard Zimler s’appuie sur une longue lettre que fait Lazare à son petit fils Yaphiel.
Dans cette longue lettre Lazare va lui expliquer ce que sa résurrection à changé mais surtout son rapport avec Jésus alors que celui ci va rentrer dans Jérusalem pour Pâques.
Afin d’être le plus près de la réalité, Richard Zimler va emprunter les termes hébreux pour désigner les personnages et les lieux.
Jésus devient Yeshua ben Josef
Lazare est Elezier ben Natan.
Jérusalem est Yerushalayim.
Ce parti pris donne une grande véracité à l’histoire, de même que l’immersion dans la Palestine de cette époque.
L’occupation romaine est oppressante , le problème des langues est toujours là en filigrane. Comment se comprendre alors que cohabite le latin, l’hébreu, l’araméen, le grec, l’égyptien.
Il est dit en quatrième de couverture que Richard Zimler réussit à faire de l’histoire la plus connue de toute notre culture un livre que l’on ne parvient pas à lâcher
La quatrième de couverture dit aussi que dans ce portrait tout en nuances de LazareRichard Zimler replace Yeshua ben Josef dans le contexte culturel et religieux de l’époque à savoir celui du judaïsme et de ses traditions.
Richard Zimler porte ainsi un nouveau regard sur une histoire qui nous est familière.
Et c’est là que le bat blesse.
Plusieurs fois j’ai eu envie de lâcher le livre. Lenteur de l’avancée. Grands passages mystiques de Elezier ben Natan ou de Yeshua ben Josef.
Effectivement le portait de Lazare est tout en nuances , mais cette compassion et ce regard pose question. A aucun moment il n’est indiqué que c’est un roman. Pourtant des actions et des personnages ne correspondent pas à la réalité de l’Evangile de Jean. ( Présence de Loukkas – Luc)
Richard Zimler nous fait vivre les quelques jours avant Pâques et la Pâques de Yeshua par les yeux de Elezier ben Natan. Jusqu’à quel point Elezier ben Natan a t il était si présent ?
Enfin Richard Zimler insiste sur le judaïsme et la mysticité de Yeshua et la chrétienté naissante reste une secte détournant le message de Yeshua.
Il me semble qu’il aurait été utile que l’auteur à la fin du livre mentionne son cheminement et ses différentes sources afin d’asseoir son récit.

Richard Zimler | Facebook

Richard Zimler, né le 1er janvier 1956 à Roslyn Heights est un romancier américain, auteur de best-sellers. Il vit à Porto (Portugal) où il enseigne le journalisme. Il est édité en France par Le Cherche midiBuchet/Chastel et Actes Sud (Rouergue).

L’appel du cacatoes noir de John Danalis. Marchialy . 💛💛💛💛

L'appel du cacatoès noir par Danalis

L’appel du cacatoès noir à été écrit en 2009 par John Danalis. Il vient d’être édité et traduit en français par une petite maison d’édition Marchialy.
John Danalis est un auteur et illustrateur australien.
C’est son premier récit traduit en français.
Nous sommes dans le récit, dans un récit de restitution.
Depuis 40 ans John Danalis a grandi avec un crâne posé sur une étagère dans le salon de ces parents. La famille a même donné un nom à se crâne Mary.
C’est seulement à 40 ans que John Danalis comprend l’horreur de la situation.
Ce crâne appartient à un aborigène. Son père, vétérinaire, a longtemps parcouru le bush pour soigner les troupeaux.
Lors de l’une de ses visites , à Swanhill, le père de John Danalis avait découvert les fours de campement ou coquilliers de plus de deux kilomètres de long. Ces coquilliers fournissaient un matériau bon marché, à drainage rapide, pour confectionner des revêtements de route. Des coquilliers entiers, qui souvent comprenaient des sites funéraires, furent excavés et convertis en route de campagne.
Le crâne de Mary vient de là.
Sa prise de conscience faite, John Danalis n’à plus qu’une obsession : rendre Mary à son peuple.
Ce récit va nous permettre de suivre John Danalis dans sa recherche de l’histoire ancienne de l’Australie.
Cela ressemble à une quête avec des rencontres, des certitudes qui vacillent et de profonds changements dans la vie de l’auteur.
Pour nous lecteurs c’est la découverte du monde aborigène, de leur cosmogonie désigné sous le nom de Temps du Rêve. C’est le rappel que ce peuple indigène à été spolié de ces terres et de la mémoire des anciens.
Que penser des musées qui dans leurs réserves conservent des centaines de milliers d’ossements ainsi que des milliers de lancés aborigènes.
De jeunes aborigènes ont repris le flambeau et partout où ils le peuvent, ils mettent en place des cérémonies de réenterrement des ossements de leurs ancêtres. Sans haine, sans vengeance mais avec des remerciements pour les personnes qui permettent ce retour en Terre aborigène.
Le crâne de Mary est retourné en terre aborigène après des cérémonies d’une grande émotion.
Yangurr waletya waletya ati
Werreka aty lar
Kayi kuthup
Yangurr waletya waletya ati
Ngaliyuk wawimpa kutnyuk
Werraka aty lar kumba
Nguteyuk kurruk pa yemin yemin
Kayi kuthup kayi kuthup kayi kuthup
Nous venons à toi, nous nous présentons à toi
Pour te ramener au pays
Je suis désolé
Nous venons à toi, nous nous présentons à toi
Notre frère, notre soeur
Pour te ramener au pays, reposer et dormir
Ton pays et lieu de ta sépulture
Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé
WARPA WOY
Chant de réenterrement
Jida Gulpilil.
Un récit qui m’à touché par sa simplicité, sa sincérité.
Un récit qui nous parle d’ouverture, de recherche de la différence.
Un récit qui nous parle de nos racines à chacun.
« Je me sentais juste bien. Comme si j’étais à ma place. Comme si j’étais rentré au pays »
Cette plume de cacatoès noire, animal totem pour les aborigènes Wemba Wemba est venu jusqu’à nous.
Si vous la rencontrer dans une librairie ou une médiathèque, faites lui une petite place.

John Danalis - Marchialy
John Danalis est un auteur et illustrateur australien. L’Appel du cacatoès noir est son premier récit publié en français. « La quête émouvante d’un homme qui cherche à restituer un crâne aborigène. »

La danse du cacatoes noir . Animal totem des Aborigènes Wamba Wamba.

L’inconnu de la poste de Florence Aubenas. L’Olivier.💛💛💛

L'inconnu de la poste par Aubenas

L’inconnu de la poste s’est avant tout quelques souvenirs au long des années.
Tout d’abord le souvenir de cet adolescent, Gérald Thomassin, qui reçoit le César du meilleur Espoir pour le film le petit criminel.
Puis le souvenir d’un flash infos indiquant que l’acteur Gérald Thomassin avait été arrêté pour le meurtre d’une postière à Montréal la Cluse dans l’Ain.
Encore un autre flash infos indiquant que Gérald Thomassin ne s’était pas présenté à une confrontation et que depuis il avait disparu.
Enfin, une ligne de journal pour dire qu’une ordonnance de non lieu à été prononcé en faveur de Gérald Thomassin.
Donc, une histoire cinématographique et judiciaire un peu connue mais avec beaucoup de flous.
Et puis le livre de Florence Aubenas pour mettre en place toutes les pièces du puzzle.
Et la magie opère.
Nous sommes chez Chabrol ou Simenon.
D’abord l’atmosphère du territoire. Cet endroit reculé de l’Ain, cette cluse entre Lyon et Genève, au pied des montagnes et des sombres forêts de sapins. Pays rural de fermes, d’élevage qui va se transformer à la fin du vingtième siècle en Plastic Vallée.
Et dans ce territoire un microcosme local.
D’abord Raymond Burgod, le potentat de Montréal la Cluse. Ancien Premier adjoint devenu secrétaire de mairie. Incontournable. Imbu de lui même. Possessif envers sa fille unique Catherine. imposer un mariage lui paraît naturel.
Catherine, donc sa fille, la quarantaine, mariée, deux enfants. Postière de son état.
Mariée mais en instance de divorce.
Toute sa vie est à Montréal la Cluse, dont toutes ses copines qui viennent tous les matins passer un moment dans l’arrière salle de l’agence postale. Catherine est une belle femme, toujours bien habillée, mais dépressive du fait de son divorce. Les copines ont tôt fait de l’emmener en boîte de nuit. Catherine a tôt fait de retrouver un amoureux.
Dans cette ville de Montréal la Cluse, il y a aussi, quelques jeunes désargentés, déjantés, accro à l’alcool et à la drogue . Montréal la Cluse est un point de deal entre Lyon et Genève. Les caïds sont à Lyon ou Genève, les petits dealers à Montréal la Cluse.
Et c’est dans ce microcosme que va venir s’installer l’acteur et comédien Gérald Thomassin. Enfant de la Ddass, lui aussi en proie à la dépression, l’alcool, la drogue et le suicide. Il va s’installer dans un studio en sous sol, en face de l’agence postale. Juste un soupirail pour entrevoir l’agence.
Et dans ce studio vont défiler les déjantés et accros de Montréal la Cluse.

Un matin, quelques jours avant Noel 2008, Catherine Burgod est retrouvé morte dans l’arrière salle de l’agence postale. Elle a reçu 28 coups de couteaux. le contenu du coffre fort s’est envolé mais pas le sac à main de Catherine Burgod.
Florence Aubenas à passé de long mois dans le Haut Bugey pour s’imprégner de l’atmosphère de cette région mais aussi pour rencontrer les protagonistes de cette affaire criminelle. Ce n’est pas un livre sur Gérald Thomassin. C’est un livre dans lequel il est l’un des protagonistes.
Le talent de Florence Aubenas est de nous restituer une chronique judiciaire avec beaucoup d’humanité quelque soit les personnages. Qu’il s’agisse des potentats locaux, des petites frappes ou encore des directeurs de casting ou réalisateurs de cinéma.
Un peu à la fois apparaît en filigrane, cette société a deux vitesses, Paris et la province, mais aussi les laissés pour compte de notre monde libéral.
Florence Aubenas ne prend pas partie. Elle donne à chacun son éclairage, ses vérités, ses blessures.
Elle donne des surnoms : Tintin, Rambouille, le Nain, le Nouveau, le Futur Ex…… Toujours avec humanité.
Comme dans Simenon ou Chabrol, elle ausculte la société et décrit ses travers. C’est souvent noir, caustique.
A chacun de faire son avis .
L’âme humaine est complexe.

Le ladies football club de Stefano Massini. Globe . 💛💛💛💛

Le ladies football club par Massini

Retrouver Stefano Massini est un vrai plaisir de lecture. Après l’exceptionnel Les Frères Lehman,Stefano Massini nous reviens avec un livre dans la même veine littéraire,  à savoir une écriture en vers libre.
Cette fois ci il aborde un sujet qui peut apparaître secondaire : la naissance du football féminin en Angleterre.
Mais traiter par Stefano Massini nous louvoyons entre poésie,  drôlerie et film de Ken Loach.
Nous sommes le 6 Avril 1917 à Sheffield dans une usine qui fabrique des bombes. Les hommes sont à la guerre, les femmes sont ouvrières et font vivre la famille.
Ce jour là,  onze d’entre-elle sont sur un mûret de l’entreprise.  Devant elles une cour de brique rouge 330 pieds par 240 et un portail à chaque extrémité. Au milieu de la cour ce qui devrait être la réplique d’une bombe.
‘On raconte que tout commença  avec Violet Chapman
Carc’est elle qui donna le premier coup de pied  » (p 11 )
Le football féminin voyait le jour. le Ladies  Football Club était son premier club.
Sous l’écriture de Stefano Massini, tout est humour et drôlerie mais derrière ce paravent se cache les réalités de l’époque : les hommes à la guerre, la condition ouvrière féminine, la non reconnaissance et le non respect de la femme , l’émergence du communisme.
A travers le football, l’auteur nous raconte la création d’une nouvelle vie, d’une nouvelle liberté par et pour ces femmes.
Comment collectivement avec leurs forces et leurs faiblesses, elles sont devenues maîtres de leur destin.
« Le 20 Décembre 1918
On vit une femme de trente ans
S’enfuir à toute allure
Comme une forcenée
Du stade de Stamford  Bridge
Interrompant définitivement le match.
Personne ne sait ce qu’elle est devenue
Dans les mains elle avait un ballon. »

Stefano Massini. Nathalie Bauer (Traducteur)EAN : 9782211307659
200 pages
Éditeur : GLOBE (03/02/2021)

Stefano Massini (né à Florence le 22 septembre 1975) est un écrivain italien. Depuis 2015, il est consultant artistique pour le Piccolo Teatro de Milan.

Diplômé en littérature ancienne à l’Université de Florence, il commence à fréquenter, à l’âge de 24 ans, l’environnement théâtral pendant son service civil, en collaborant au Maggio Musicale Fiorentino1. En 2001, il est assistant bénévole de Luca Ronconi au Piccolo Teatro di Milano, lequel l’encourage à se consacrer à l’écriture de textes 2. Il commence à travailler dans l’écriture scénique et depuis 2005, il est dramaturge. Il a notamment remporté le prix Tondelli pour L’Orso Assordanto del Bianco 3.

Les Chevaux d’Hitler d’Arthur Brand. Armand Colin. 💛💛💛

Les chevaux d'Hitler par Brand

Les chevaux d’Hitler est un livre remarquable qui retrace la traque de l’un des trésors architectural du Troisième Reich.
Arthur Brand qui nous raconte l’histoire est un enquêteur néerlandais spécialisé dans la criminologie artistique.
Les chevaux d’Hitler sont des statues monumentales qui été érigées devant la chancellerie du Reich à  Berlin. Elles ont disparu lors du bombardement du bunker d’Hitler par les russes et les alliés en 1945.
Depuis cette date plus de nouvelles.
Or en 2014, Arthur Brand est mis en contact avec une photo représentant les chevaux d’Hitler prise après  1945.
S’agit il d’un faux ou les sculptures sont elles toujours existantes.
C’est ce que va nous apprendre ce livre avec une enquête digne d’un roman d’espionnage.
Tout y est : les nazis, les Russes,  la Stasi,  le KGB, les services secrets, les sociétés secrètes ou encore les marchands d’art véreux 
Et tout est réel.
Cette enquête va nous permettre d’en savoir plus sur les deux grands sculpteurs du Troisième  Reich : Josef Thorak et Arno Breker. Quel rôle avait il dans la machine d’État nazi.
De même  pour le rôle joué  par l’état Est Allemand et les Russes dans la dispersion des oeuvres du Troisième Reich.
Je n’en dirais pas plus pour conserver le  côté polar et enquête
C’est instructif ,enlevé , et très plaisant à  lire.
Que demander de plus !

Qui est Arthur Brand, «l'Indiana Jones du monde de l'art»?
Arthur Brand est surtout connu comme un enquêteur néerlandais sur la criminalité artistique qui a récupéré plus de 200 œuvres d’art. Sa vocation est d’être historien de l’art et consultant en art. C’est par amour de l’art qu’il prend la récupération de l’art perdu comme un intérêt personnel.