Black Messie de Simonetta Greggio .Stock. 💛

Black messie par Greggio

Il m’a fallu du courage pour aller au bout du roman de Simonetta Greggio Black Messie. J’avais lu d’elle Les Nouveaux monstres et cela avait été une lecture agréable autour de ces hommes politiques et de pouvoir d’Italie.
Black Messie est un livre monstrueux dans l’acceptation littérale du mot.
Simonetta Greggio prend comme décor de son roman Florence, dans laquelle un serial killer tue ( le mot est gentil ) filles et garçons. Ces meurtres ressemblent étrangement aux meurtres de 7 jeunes couples dans les collines de Toscane entre 1968 et 1985.
Le meurtrier appelé le monstre de Florence n’a jamais été arrêté. Serait il lui qui serait de retour 30 ans après .
Pour son enquête, Simonetta Greggio s’appuie sur le caporal Jacopo d’Orto, sur Miles professeur de littérature américaine, sur Indiana la fille de Miles, sur Nonnie, Nino, Légion ou encore HS. L’enquête et la poursuite du meurtrier est vu au travers de ces personnages avec leur point de vue.
Cela devient vite confus car à ces personnages s’ajoute la CIA, les sociétés secrètes comme les Croix Rouges, un peu de Renaissance , l’album blanc des Beatles ou encore l’assassinat de Sharon Stone par Charles Manson.
Bien évidemment les meurtres peuvent être qualifiés de gore, sexuel, satanique etc….
Voilà un roman d’une grande confusion sans colonne vertébrale et pataugeant dans une violence effrénée.
Cela flatte-t-il le morbide , le voyeurisme, notre côté obscur.
Je fuis.

Toutes blessent,la dernière tue de Karine Giebel. Pocket.💛💛💛

Toutes blessent la dernière tue  par Giebel

Vulnerant omnes, ultima necat
at eae quq ad vos consumpsi me delectaverunt.
Toutes les heures blessent, la dernière tue
Mais j’ai aimé celles passées auprès de vous.
Cette citation latine qui donne le titre au roman de Karine Giebel résume à la perfection ce gros polar de plus de 700 pages.
C’est le premier roman de Karine Giebel que je lis et je remercie Pocket et Babelio de me l’avoir proposé dans le cadre de la Masse Critique Privilège.

C’est un roman dur , noir avec une accumulation de moments de violence.
Mais ce n’est surtout pas que cela.
L’écriture de Karine Giebel est précise , rapide comme peut être la violence.
La lecture des 700 pages est prenante et il est difficile de quitter le livre . on aimerait pouvoir le lire d’une seule traite.
Karine Giebel s’appuie sur un fait de société : l’esclavage moderne, pour défiler la trame de son roman.
Cette violence initiale qu’est l’esclavage irrigue le livre et chacun des personnages hormis Tama petite fille esclave en ce monde.
Aucun des personnages n’est caricatural, la violence de chacun a une raison d’être.
Dans ce panier de crabes Tama va vivre , survivre , se rebeller , se libérer.
Et pour Tama , Izri , Gabriel , Tayri et Lahna ( Lana) toutes les heures blessent la dernière tue , Mais Tama , Izri, Babriel , Tayri et Lahna ( Lana) ont aimé celles passées auprés de vous .
le roman est noir mais l’humanité arrive à poindre.

Tout cela dit , Lire un livre de Karine Giebel reste une expérience, pas toujours simple. La confrontation continue à la violence reste difficile surtout quand elle touche les enfants.
Il me semble que cette expérience restera unique.
Il y a tant d’autres livres à découvrir et à aimer.

Les trois femmes du consul de Jean Christophe Ruffin. Flammarion.💛💛💛

Les trois femmes du consul  par Rufin

Les trois femmes du consul est la deuxième enquête de Aurel Timescu, le héros récurent de Jean Christophe Ruffin.
Dans le livre précédent Aurel Timescu , Consul de France très atypique , sévissait à Conakry en Guinée. Cette fois-ci il a été nommé dans un pays d’Afrique Australe : le Mozambique. Il est en poste à Maputo.
Ce bon Aurel Timescu n’a pas changé : Il est légèrement flemmard , placardisé , habillé comme l’as de pique et il a une forte inclinaison pour le vin blanc et le tokay plus particulièrement.
La seule activité qui trouve grâce à ses yeux , c’est de démêler les fils d’une enquête policière.
Et à Maputo , le patron de l’hôtel dos Camaores a été retrouvé ,un matin, mort, flottant dans sa piscine.
C’est le début de l’enquête d’Aurel Timescu qui va être confronté à trois femmes.
Comme pour la première enquête , ce qui intéresse Jean Christophe Ruffin , ceux sont les arcanes des ambassades , de la diplomatie et de l’expatriation.
Comme pour la première enquête , çà se lit comme on mange une bonne friandise.
Un bon moment de lecture et il n’y a pas de raison de refuser de partager un verre de Tokay avec Aurel Timescu.
Atypique mais bon copain.

Le Gang de la Clef à Molette d’Edward Abbey. Gallmeister.💛💛💛💛

Le gang de la clef à molette par Abbey

On ne peut qu’adhérer aux quelques phrases mis en exergue du livre dans l’édition Gallmeister.
C’est de la bombe , un chef d’oeuvre où la rage se marie au rire, un roman culte qui prône l’ecosabotage et l’insoumission à la loi. Un grand road movie. Comme le dit le Canard enchaîné « comment avons-nous pu passer à côté de ce classique de la contre culture américaine.
Pour un roman écrit dans les années 1970 , le Gang de la Clef à Molette est un livre visionnaire et d’anticipation.
Sous ces dehors jubilatoire et hilarant ce roman nous plonge dans notre époque actuelle avec le réchauffement climatique, la décroissance, la prise en compte de l’écologie.
Voilà donc 4 personnages aussi dissemblables que possible qui vont se lancer dans une aventure épique : contrarier le développement de l’Ouest Américain dans l’Utah autour du canyon du Colorado
Les voici donc prêt à saboter ligne de chemin de fer, ponts , pelleteuses , tracteurs et camions.
Et quand on sait que nos quatre Pieds Nickelés ont des pedigrees plus loufoques les uns que les autres ….
Il y a George Hayduke, vétéran du Viet Nam accro à la bière et aux armes à feu.
Il y a le docteur Sarvis à la noblesse sévère d’un Sibelius ( il fallait la trouver!) qui brûlent les panneaux publicitaires. ( On devrait tous avoir un hobby)
Il y a l’élément féminin, Abbzug, superbe jeune femme maîtresse du sexagénaire docteur Sarvis
Il y a enfin Seldom Seen Smith mormon polygame , ayant quelques épouses aux quatre coins de l’Utah.
Voici formé le Gang de la Clef à Molette .
Et face à eux il y a la loi et l’administration américaine représenté par un évêque, le FBI,ou encore l’équipe de Recherches et de Secours.
Le pot de terre contre le pot de fer
À travers tous ces protagonistes, le cœur de l’Amérique est là, tout comme son dilemme : conservatrice ou progressiste.
Et que croyait vous qu’il arriva ? le pot de fer ou le pot de terre ?
A vous de vous lancer à la suite du Gang de la Clef à Molette pour le savoir.
En tout cas c’est un livre réjouissant, iconoclaste qui ne peut être plus actuel

Yeruldelgger de Ian Manook. Le livre de poche. 💛💛💛💛

Yeruldelgger par Manook

Yeruldelgger n’est pas une nouveauté mais un voyage de 3 semaines en Mongolie m’a donné envie de commencer la trilogie mongole de Ian Manook. J’ai commencé la lecture à Oulan bator, puis les jours suivants dans les transferts en 4X4 ou le soir sous la Yourte.
Quoi de mieux que lire sur les lieux où se passe l’énigme !
Yeruldelgger est un très bon polar « ethnique » , alternant violence, thriller et connaissance de la Mongolie ( tradition et géopolitique )
Ian Manook à aussi la capacité à décrire la steppe mongole avec poésie.
Un bon moment de lecture en étant en plus dans le pays

Dans l’ombre du brasier d’Hervé Le Corre. Rivages Noirs. 💛💛💛💛

Dans l'ombre du brasier par Le Corre

Dans l’ombre du brasier nous fait vivre la Semaine sanglante qui du 18 au 28 Mai 1871 a mis fin à la Commune.
Nicolas Bellec est sergent et il combat dans les rangs des Communards. Il a à ces côtés  un jeune garçon Adrien  et le dénommé le Rouge.
Il a une bien-aimée Caroline qui bientôt se fera enlever par un personnage aussi glauque que pervers.
Un Communard, Antoine Roques, promu au rang de commissaire enquête sur cet enlèvement et celui d autres jeune filles.
Caroline est séquestrée et oubliée alors que Paris et la Commune brûlent.
Voilà résumé la quatrième de couverture du roman d’Hervé le Corre.
Ce résumé n’est pas juste car ce roman n’est pas qu’un polar, ou un roman noir.
Ce roman est le roman d’hommes et de femmes qui vivent la Semaine sanglante  de la Commune.
C’est un roman de feu, de barricades, de morts mais aussi d’humanité, de conviction,  de solidarité.
C’est l’histoire du peuple de Paris divisé entre Versaillais et Communards.
Au début de la lecture du roman on est déconcerté car il n’est fait aucune mention historique sauf à dire que nous sommes à Paris , que Nicolas est communard, qu’il défend l’idée de la Commune et qu’ils se font canarder par les troupes Versaillaises.
Donc ce roman n’est pas un polar, n’est pas un roman noir ,n’est pas un roman historique.
C’est un roman sur l’humanité,  l’universel.
C’est un roman sur les convictions la solidarité.
Que ce soit Nicolas, Caroline, Antoine , le Rouge ou Adrien, ils ont au fond  d’eux une exigence de vie que même le brasier de Paris ne peut éteindre.
Tout comme ces sans grades,ces anonymes qui forment cette chaine pour la magnifique fin de ce roman.
Ce roman pourrait être écrit  dans d’autres lieux, durant d’autres périodes historiques et l’on  retrouverait ces hommes et ces femmes mus  par ces mêmes convictions.
Sous les traits  d’un roman noir , Hervé  le Corre nous invite à une autre lecture de la vie des hommes et des femmes et rend ces lettres de noblesse au Peuple.

Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon. Albin Michel 💛💛💛💛

Une douce lueur de malveillance par Chaon

Il est difficile de synthétiser le dernier livre de Dan Chaon : Une douce lueur de malveillance. C’est tout autant , un roman noir , un roman policier ,mais aussi un thriller , un roman psychologique.
A partir de personnages ordinaires de la middle class américaine , Dan Chaon va dérouler une histoire évolutive tant pour ces personnages , que pour le lecteur. Je reviendrais sur ce point un peu plus loin.
Le personnage central du roman est Dustin Tillman. Il a la quarantaine , vit dans la banlieue de Cleveland. Il est marié à Jill et a deux enfants Aaron et Dennis. Il est psychologue.
Quand s’ouvre le roman , Dustin vient d’apprendre que son frère adoptif Rusty vient d’être libéré de prison après trente années d’enfermement suite aux meurtres dans les années 1980 des parents et d’un oncle et une tante de Dustin. Rusty a été condamné à perpétuité pour ces meurtres.
Le témoignage de Dustin a pesé lourdement dans la condamnation de Rusty.
Si Rusty est libéré aujourd’hui c’est que des analyses ADN ont prouvé son innocence ».
Confronté à cet événement, Dustin pense maîtriser sa vie ,sa mémoire mais aussi être capable de surmonter les événements de son enfance et ce qui vont être induits par cette nouvelle situation.
Et c’est dans toutes ces situations que le titre du roman va prendre toute sa place.
Une douce lueur de malveillance . Un bel oxymore. D’un coté la douceur , la lueur , de l’autre la noirceur , la malveillance.
Cette opposition , cette douce lueur de malveillance va accompagner Dustin et Rusty , mais aussi Kate et Wave les cousines ou encore Aaron et son copain Rabitt. Qui est doux , qui est malveillant ?
Qu’en est il de la mémoire , des fantasmes, du souvenir , de la vérité et du mensonge .La vérité est elle une douce lueur ou une malveillance.
La mémoire a des îles , des failles qui amène a vivre plusieurs versions d’un même fait selon l’âge.
Et dans cette première histoire familiale , Don Chaon va en ajouter une autre , plus américaine , plus sociétale.
Pour surmonter ces événements Dustin va se réfugier dans le travail.
Et l’un de ces patients , un flic du nom d’Aqil va l’intéresser à des meurtres d’étudiants qui ont lieu de façon régulière dans des conditions particulières.
Ces meurtres représente les failles de l’Amérique : La religion , le satanisme , l’alcool la drogue mais aussi les légendes urbaines avec les tueries de masse et les serial killers.
Ces deux histoires vont s’enchevêtrer dans une machinerie de l’imagination,dans la création de personnages et dans le développement de l’intrigue.
Ce qui est remarquable de la part de Dan Chaon , c’est le travail de construction du roman.
C’est une lecture évolutive ou le lecteur peut changer d’avis dans le cours du roman.
De même que le roman est évolutif il est aussi déconstruit par le travail sur la chronologie et les points de vue de plusieurs personnages sur le même événement. Il peut aussi s’agir de la vision que le personnage à de lui même.La vérité est partagé par tous les acteurs du livre et non par un seul acteur.
Enfin dans son écriture et son style , Dan Chaon nous entraîne dans la mémoire , les oublis, les névroses de ces acteurs.
Des phrases ne sont pas finies . Des blancs typographiques nous donnent à comprendre les difficultés de Dustin. Une même scène va être mise en forme sur des colonnes distinctes car le point de vue donné n’est pas le même.
Dans ce livre le fond et la forme sont en osmose pour nous donner un livre intelligent , vénéneux, magnétique qui nous laisse abasourdi lorsque nous le refermons.
Magistral !