Kérozène d’Adeline Dieudonné . L’Iconoclaste. 💛

Kérozène par Dieudonné

Dernières phrases du roman Kérosène d’ Adeline Dieudonné :
 » Une station service le long de l’autoroute. 7ne nuit d’ete….
Il n’y a  maintenant plus que onze personnes presentes à cette heure précise.
D’autres arriveront. Toutes repartiront. Ici on ne fait que passer. »
Et bien, moi de même je n’ai fait que passer dans le roman d’Adeline Dieudonné
Adeline Dieudonné nous dépeint un microcosme à un moment et en un lieu donné.
Ce microcosme est à l’unisson et reprenant les mots de l’auteur , c’est pisseux, c’est merdeux . Les corps, les odeurs, le sang, le sexe ne sont jamais loin.
A aucun moment cette galerie de personnages n’emporte l’adhésion et encore moins la moindre empathie.
Je suis resté totalement indifférent à ce que vivent les protagonistes. J’ai ressenti une sourde violence couplée à des personnages extravertis vulgaires.
C’est glauque et cruel.
Cette nuit d’été dans une station service le long de l’autoroute est totalement vaine.
Déception de A à  Z

Adeline Dieudonné, l'insoumise de la fiction belge | Livres | Arts | Le  Soleil - Québec

Malamute de Jean Paul Didierlaurent. Au Diable Vauvert. 💛💛💛

Malamute par Didierlaurent

Merci à Babelio et Au diable Vauvert pour l’envoi de ce roman dans le cadre d’une Masse Critique privilégiée.
Cet envoi m’a permis d’entrer pour la première fois dans l’univers romanesque de Jean Paul Didierlaurent et ce fut agréable tant la lecture est fluide et facile. Facile ne veut surtout pas dire simple. Bien au contraire.
Malamute se déroule durant l’hiver 2015 dans les Vosges, dans un village station de ski La Voljoux.
A l’écart vit seul dans une ferme Germain , octogénaire un peu beaucoup bougon. Sa fille, parisienne s’occupe de lui et n’est à qu’ une idée : Faire que Germain accepte de quitter sa ferme et d’intégrer un Ephad.  Connaissant le caractère bougon de l’octogénaire ce n’est pas gagné!
Elle se replie donc sur Basile, un cousin éloigné,  qui est dameur l’hiver à La Voljoux . Elle lui propose le deal suivant : il vient vivre chez Germain pendant la saison d’hiver contre la gratuité  du logement.
Basile accepte le deal.
Concomitamment,  Jean Paul Didierlaurent déroule une autre histoire à partir d’ un journal intime.
Il s’agit d’un journal intime qui a été écrit  à partir de 1976 par Plavina Radovic.
Avec son mari, Dragan, ils ont fuit la Slovaquie et sont venus s’installer dans les Vosges pour une raison bien précise : Dragan souhaite développer une activité de Musher avec ses quatre chien malamutes.
Ils se sont installés dans une ferme en contrebas de celle de Germain.
Dragan alcoolique et violent ne développera pas cette activité et avec sa femme Plavina ils quitteront rapidement les Vosges pour s’installer dans le Nord.
En cet hiver 2015, Emmanuelle la fille de Dragan et Plavina vient à La Voljoux .
En cet hiver 2015, dans un premier temps la neige ne tombe pas
En cet hiver 2015, dans un deuxième temps la neige n’arrête pas de tomber.
Le roman devient un huis clos oppressant dans lequel les secrets de famille vont apparaître en plein jour.
Sous des mètres de neige  les sentiments, les émotions vont être decuplées jusqu à la communion avec la nature.
Jean Paul Didierlaurent est un grand conteur et il excelle dans l’écriture de ce drame rural, entre part d’ombre, fantastique et psychologie.
Juste un petit bémol : j’ai trouvé que l’on devine assez vite les tenants et aboutissants de l’histoire.
Mais est ce l’essentiel ?

Credit: Getty Images/Ulf Andersen

En 1997, Jean-Paul Didierlaurent découvre l’existence des concours de nouvelles, ce qui lui donne l’idée de se lancer dans ses premières productions littéraires. Parmi celles-ci, Brume lui permet d’obtenir le Prix international Hemingway. La nouvelle paraît dans un recueil intitulé Brume : et autres nouvelles du Prix Hemingway 2010, paru aux éditions Au Diable Vauvert en 2010. Il remporte le même prix en 2012, pour Mosquito, publié chez le même éditeur dans le recueil Mosquito et autres nouvelles du Prix Hemingway 20124. Avant de publier son premier roman, il écrit des nouvelles pendant quinze ans5, qui remportent de nombreux prix.

Afin d’écrire son premier roman, en gestation depuis plusieurs années, il prend un congé d’un mois sans solde et part à Vauvert en Camargue. « Conte moderne6 », « phénomène littéraire », son premier roman Le Liseur du 6h27, paru en 2014, « fait sensation » en France. Sélectionné pour l’édition 2015 du Cezam Prix Littéraire Inter CE, il est plébiscité par les 3 500 lectrices et lecteurs et choisi comme lauréat le 10 octobre 2015. Le Liseur du 6h27, paru Au Diable Vauvert en mai 2014, s’est vendu à 65 000 exemplaires et à près de 200 000 exemplaires chez Folio, et a reçu le Prix du Roman d’Entreprise et du Travail, le prix Michel Tournier, le prix du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Prix littéraire Inter CE, du Livre Pourpre et de nombreux prix de lecteurs7. Il est traduit dans 29 pays et en cours d’adaptation au cinéma.

En 2015 sort le recueil de nouvelles Macadam, aux éditions Au diable vauvert, qui rassemble des nouvelles de Jean-Paul Didierlaurent, pour la plupart primées. Le 2 mai 2016 paraît Au diable vauvert son deuxième roman Le Reste de leur vie7. Il explique comment, à la mort de son père fin 2011, il a été inspiré pour écrire ce roman par la rencontre avec le thanatopracteur qui s’était occupé de sa dépouille, et l’avait transformé : « Il était souriant et beau. Il était comme on l’avait toujours connu. »8.

En janvier 2018, il publie aux éditions Au diable vauvert son troisième roman, La Fissure. Le magazine belge Moustique qualifie ce roman de « délire comico-existentiel, à travers lequel Didierlaurent ne se refuse rien »9. Le site littéraire Lettres it be, quant à lui, explique que Didierlaurent « ne lésine pas sur l’inventivité et l’originalité (…) la deuxième partie du livre résonne comme une envie de roue libre de la part de l’auteur »10.

En mars 2021, il publie son quatrième roman, Malamute (nom d’une race de chien de traîneau d’Alaska), huis clos à trois personnages dont l’intrigue a lieu dans le massif des Vosges en hiver1

Le ladies football club de Stefano Massini. Globe . 💛💛💛💛

Le ladies football club par Massini

Retrouver Stefano Massini est un vrai plaisir de lecture. Après l’exceptionnel Les Frères Lehman,Stefano Massini nous reviens avec un livre dans la même veine littéraire,  à savoir une écriture en vers libre.
Cette fois ci il aborde un sujet qui peut apparaître secondaire : la naissance du football féminin en Angleterre.
Mais traiter par Stefano Massini nous louvoyons entre poésie,  drôlerie et film de Ken Loach.
Nous sommes le 6 Avril 1917 à Sheffield dans une usine qui fabrique des bombes. Les hommes sont à la guerre, les femmes sont ouvrières et font vivre la famille.
Ce jour là,  onze d’entre-elle sont sur un mûret de l’entreprise.  Devant elles une cour de brique rouge 330 pieds par 240 et un portail à chaque extrémité. Au milieu de la cour ce qui devrait être la réplique d’une bombe.
‘On raconte que tout commença  avec Violet Chapman
Carc’est elle qui donna le premier coup de pied  » (p 11 )
Le football féminin voyait le jour. le Ladies  Football Club était son premier club.
Sous l’écriture de Stefano Massini, tout est humour et drôlerie mais derrière ce paravent se cache les réalités de l’époque : les hommes à la guerre, la condition ouvrière féminine, la non reconnaissance et le non respect de la femme , l’émergence du communisme.
A travers le football, l’auteur nous raconte la création d’une nouvelle vie, d’une nouvelle liberté par et pour ces femmes.
Comment collectivement avec leurs forces et leurs faiblesses, elles sont devenues maîtres de leur destin.
« Le 20 Décembre 1918
On vit une femme de trente ans
S’enfuir à toute allure
Comme une forcenée
Du stade de Stamford  Bridge
Interrompant définitivement le match.
Personne ne sait ce qu’elle est devenue
Dans les mains elle avait un ballon. »

Stefano Massini. Nathalie Bauer (Traducteur)EAN : 9782211307659
200 pages
Éditeur : GLOBE (03/02/2021)

Stefano Massini (né à Florence le 22 septembre 1975) est un écrivain italien. Depuis 2015, il est consultant artistique pour le Piccolo Teatro de Milan.

Diplômé en littérature ancienne à l’Université de Florence, il commence à fréquenter, à l’âge de 24 ans, l’environnement théâtral pendant son service civil, en collaborant au Maggio Musicale Fiorentino1. En 2001, il est assistant bénévole de Luca Ronconi au Piccolo Teatro di Milano, lequel l’encourage à se consacrer à l’écriture de textes 2. Il commence à travailler dans l’écriture scénique et depuis 2005, il est dramaturge. Il a notamment remporté le prix Tondelli pour L’Orso Assordanto del Bianco 3.

Migrations de Charlotte McConaghy. JC Lattès. 💛💛💛 💛

Migrations par McConaghy

Nous sommes dans quelques années sans savoir précisément laquelle. La sixième extinction de masse a commencé. Exit les lions, les loups, les corbeaux. Régulièrement une espèce disparaît. Les poissons ont disparu des océans presque totalement. Les oiseaux ont déserté le ciel.
Pourtant il semble que l’oiseau migrateur le plus endurant résiste.  Il s’agit de la sterne arctique. Celle-ci migre tous les ans de l’Arctique aux confins de l’Antarctique en suivant les côtes africaines ou sud-américaines. Durant son périple elle engloutit des bancs de petits poissons.
Franny Stone est une jeune femme incapable de se fixer. D’Australie en Irlande, elle a toujours été subjuguée par la mer, les oiseaux. Un baûme sur les pertes qui ont bouleversé sa vie.
Sans en connaître la raison au début du roman, nous suivons Franny au Groenland où elle suivre la migration des serbes arctiques.
Elle convint Ennis,  patron d’un chalutier de l’emmener avec son équipage afin de suivre la migration des sternes. Pour les pêcheurs,  c’est tout bénéfice avec la promesse que les oiseaux les mèneront à des poissons devenant très rares.
Cette longue migration , vers le Sud sera l’occasion d’apprendre par bribes les aléas de la vie de Franny.
Migrations porte bien son pluriel.
Migration du monde en général,  qu’il soit animal ou humain. Mais les humains ne sont ils pas des animaux ?
A travers un jeu d’aller retour bien maîtrisé,  Charlotte McConaghy nous délivre un roman brutal et poignant.
Cette anticipation de quelques années n’est pas si loin de notre quotidien et nous interpelle fortement sur notre rapport au réchauffement climatique et à la transition écologique.
Quant à l’histoire de Franny que l’on découvre peu à peu, elle nous tient en haleine et par sa brutalité nous rappelle la brutalité de cette sixième extinction de masse qui n’est pas une fatalité
Dernière phrase du roman :
 » Ma mère me disait toujours de guetter les indices.
Les indices de quoi ?
Les indices de la vie.  Ils sont partout « 

Ps. Il s’agit d’un premier roman de très grande tenue que l’on ne lâche pas

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.Charlotte McConaghy est scénariste et vit à Sydney. Ovationné par la critique, Migrations, son premier roman est en cours de traduction dans plus de vingt pays.

Frakas de Thomas Cantaloube. Gallimard Série Noire. 💛💛💛💛💛

Frakas par Cantaloube

Un plaisir qui ne va pas seul !
D’abord recevoir le livre de Thomas Cantaloube Frakas dans le cadre d’un futur Club Lecture Zoom Babelio avec l’auteur
Ensuite lire passionnément Frakas.
Enfin lecture finie, s’apercevoir que l’on est le 22 Mai et que le Club Lecture a lieu le 25 Mai.
Jubilatoire !
Avant de me plonger dans la lecture de ce thriller politique, l’ensemble des voyants étaient au vert.
L’auteur est un ancien grand reporter de Médiapart.
Le sujet : la naissance de la Francafrique lors d’une guerre méconnue au Cameroun dans les années 1960.
Une belle pincée de personnages bien campés – Une grosse pincée d’hommes politiques bien fielleux et manipulateurs. Reviennent aux oreilles : Foccart – Pasqua – Deferre etc…
De bout en bout le roman est passionnant.
Bien qu’il puisse se lire indépendamment du roman précèdent de Thomas Cantaloube Requiem pour une république, les personnages principaux du premier roman se retrouve dans Frakas.
Frakas commence deux mois après l’épilogue de Requiem pour une République. Nous sommes au printemps 1962. Luc Blanchard est un jeune policier qui a quitté la police par écoeurement (cf Requiem pour une république) et qui est devenu journaliste à France Observateur. Pour l’une de ses articles il enquête sur la mort de Félix Moumié à Genève en 1959.
Félix Moumié était un des leaders de l’UPC (Union des Populations du Cameroun), organisation hostile à la colonisation et surtout à la décolonisation au profit du colonisateur. Felix Moumié a très probablement assassiné par les Services Secrets Français. Comme on dit prosaïquement, il gênait.
S’appuyant sur ce fait réel, Thomas Cantaloube par l’intermédiaire de Luc Blanchard, de Sirius Volkstrom et d’Antoine Lucchesi va nous entrainer dans le Cameroun colonisé des années 1960.Nous serons aux premières loges pour voir, comprendre la mise en place de la FrancAfrique. Voir, comment avec le concours de l’armée française, l’armée camerounaise se met au service du colonisateur. Voir comment on peut spolier un pays de ses richesses.
Le tout se lit comme un roman d’aventure, ou encore mieux comme un film d’aventure.
A partir d’une documentation impeccable (qui cadre parfaitement l’action) Thomas Cantaloube déroule son roman et sa fiction. A aucun moment l’un prend le pas sur l’autre.
Malgré ce côté aventure cinématographique, ce roman est totalement politique et nous rappelle que le rapport néo colonial de la France avec le Cameroun dans les années 1960 a été reproduit en Cote d’Ivoire, au Sénégal et que la France a beaucoup de mal à couper le lien avec ses anciennes colonies ( ah ! ces ressources naturelles ! )
Les faits dénoncés étaient terribles, les mains sales étaient nombreuses, politiques, mercenaires, militaires, blanches mais aussi noires. On aimerait que l’emploi du passé soit un gage de changement….
Malheureusement non. Les mains sont toujours sales.
Demain soir je pourrais en débattre avec des Babéliotes et Thomes Cantaloube. Une belle suite à cette lecture.
Merci Babélio, Gallimard Série Noire et Thomas Cantaloube.

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Tu seras un homme mon fils de Pierre Assouline. Gallimard.💛💛💛

Tu seras un homme, mon fils par Assouline

Le livre de Pierre Assouline m’a permis de découvrir Rudyard Kipling ainsi que son poème If connu pour sa phrase terminale  » tu seras un homme mon fils« .
A travers un personnage de fiction, Louis Lambert, nous allons nous immiscer dans la vie De Rudyard Kipling.
Prix Nobel, novelliste, auteur du Livre de la Jungle, Rudyard Kipling à été marqué à vie par la mort de son fils John en 1915 dans les tranchées de Loos en Gohelle.
Homme du 19ème siècle,  homme de l’empire britannique, Rudyard Kipling est empli de morale, de militarisme et de la culpabilité d’avoir amené son fils à une mort certaine.
A travers ces moments de la vie De Rudyard Kipling resurgit l’entrée  en guerre de 1914, puis la   tragédie des tranchées.  Cette guerre 14/18 qui va façonner à nouveau l’Europe et l’entraîne vers une nouvelle guerre mondiale.
A 25 ans d’écart,  deux générations d’hommes qui vont être anéanties. Des pères de 14 au fils de 40.
Il reste aussi à la lecture de ce roman , une vision surannée du début du 20 ème siècle fait de moralisme, d’esprit guerrier, d’un monde qui va changer avec un empire anglais confronté à la partition du monde arabe.

Pierre Assouline reçoit le prix du Salon du livre de Genève | Livres Hebdo

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens. Editions Seuil.💛💛💛💛

En Caroline du Nord, au bord de l’océan  pas loin de Barkley Cove,  dans un marais vit une fille sauvage. Elle s’appelle Kya. Ce sont les habitants de Barkley Cove  qui ont décidé que Kya était une jeune fille sauvage, sûrement analphabète et potentiellement dangereuse.
Les raisons de cet à priori ?  Kya, la fille des marais a été abandonnée  par ses parents et ses frères et soeurs. Elle a refusé d’aller à  l’école et s’est réfugié dans son marais.
Nous sommes entre 1952 et 1969 dans un État segrationniste où les Noirs vivent dans leur propre ville Colored Town.
En 1969, un jeune homme, Chase Andrews est retrouvé mort au pied d’une Tour de guet.
Les soupçons se portent rapidement sur Kya la fille du marais.
Delia Owens va nous entraîner dans un mouvement de balancier de 1952 à 1969 afin de détricoter et construire la mort de Chase Andrews : accident, meurtre ?
Au long court des 500 critiques sur Babelio, beaucoup a été dit sur ce roman, jusqu’au superflu.
Je n’en rajouterai pas
Je préfère insister sur l’émotion que suscite Là où chantent les écrevisses.
Émotion à découvrir la vie de Kya, à être ébahi par sa volonté.
Ému par sa relation avec la nature,  avec la vie végétale et animale du marais.
Comment ne pas être happé  par la lumière des lucioles ou encore emporté par le souffle des battements d’ailes de milliers d’oies.
Cette nature exubérante qui est la vie de Kya, qui est son intelligence et son regard sur le monde . Et dans cette nature de marais labyrinthique , Kya se perd, se cherche . Elle trouve des appuis, des amitiés, même des amours.
Mais jusqu’où ces amours sont ils sincères ?
Tout au long du roman Délia Owens est en empathie avec ces personnages. Les figures de Jumping et Mabel sont représentatifs de cette empathie. Noirs, discriminés,  ils ressentent au plus profond d’eux mêmes la solitude et le rejet dont est victime Kya.
Tout comme le jeune Tate,  qui souhaite sortir  Kya de cette solitude.
Malgré ces soutiens Kya ne peut compter que sur elle même pour faire face à la nature et à l’homme.
Sa volonté , ses certitudes nous entraînent dans des contrées  inconnues qui nous  laisseront à ses côtés , dans l’attente d’un vol de millier d’oies qui enluminera le ciel.
Reste néanmoins un roman tragique.
Mais n’est ce pas de ces moments tragiques qu’affleurent l’émotion et le plaisir de la lecture ? .

Delia Owens : le best-seller inattendu

Dérive des âmes et des continents de Shubhangi Swarup. Métailié. 💛💛💛💛

Dérive des âmes et des continents par Swarup

Voici un premier roman au souffle incroyable. le titre du roman , déjà, nous dit que nous partons pour une aventure de l’âme et de l’esprit . Dérive des âmes et des continents portent on ne peut mieux son titre. Il faut accepter de dériver, de se laisser aller à ces spiritualités d’Asie et d’Inde. Il faut accepter de quitter le rationnel, il faut accepter de ne pas tout comprendre . Laisser dériver….. C’est un immense plaisir.
Deux jeunes mariés s’installent dans les Iles Andaman , entre Inde et Birmanie. Ils savent qu’ils se sont aimés dans une autre vie. Lui ,Girija Prasad est scientifique fasciné par les volcans et les éléments naturels . Elle, Chanta Devi est un peu sorcière, parle aux arbres, prévoit les tremblements de terre.
Dans ce roman la dérive n’atteint pas que les âmes, elle atteint aussi ce sous continent indien qui , il y a des millions d’années est venu se fracasser sur la chaine himalayenne. de ce fracas géologique, il reste des plaques de subduction et des failles qui courent entre les iles Andaman et l’Irrawady en Birmanie. ces failles et ces plaques qui font remonter à la surface une nature intemporelle datant des prémices de l’univers : pierres , fossiles, minéraux, arbres mais encore fantômes, âmes.
Dans cette grande région entre Inde, Birmanie , Sri Lanka , Népal et Pakistan , les hommes vivent depuis des millénaires au rythme de la furie de la nature : Tsunami, tremblement de terre , mousson , violence de la montagne. Face à ce déferlement de la nature , les hommes ont opté pour des spiritualités : hindouisme, bouddhisme qui prônent la réincarnation.
C’est cette dérive dans laquelle va nous entrainer Subhangi Swarup.
Je me suis laisser prendre dans les filets de cette dérive. Un lâcher prise où nature et spiritualité font trembler la terre de l’Océan Indien à l’Himalaya.
J’ai été fortement touché par Dérive des âmes et des continents , car j’y ai retrouvé le miroir de ce que j’ai pu vivre et ressentir en découvrant ces pays.
Je suis aller en Inde du Sud dans des villages et sur des plages qui ont été dévasté par le tsunami de 2004. J’étais sur place une semaine avant le tsunami
Je suis allé deux fois au Népal en 2016 et 2018 suite au tremblement de terre d’Avril 2015. J’ai fait un trek dans le Langtang, région fortement touchée où Langtang Village a été rayé de la carte ( 275 morts)
En Octobre 2016 la région de Bagan , au bord de l’Irrawady était victime elle aussi d’un tremblement de terre. 6 mois avant , je déambulais au milieu des milliers de temples de Bagan.
Que ce soit en Inde , en Birmanie ou au Népal , j’ai été marqué et emplit de cette spiritualité quelle soit hindouiste, bouddhiste ou animiste.
Participer au coucher de Vishnu à Thanjavur ( Inde) , participer à une Kora autour du stupa de Bodnath ( Népal) vous entraine dans cette évanescence et cette réalité infinie de l’âme.
La dérive des âmes et des continents est une réalité .
De la même façon que l’on revient changé de ces contrées , ce roman change notre façon de regarder les paysages , la montagne , la forêts, les hommes et ces âmes qui tous dérivent depuis des millénaires.

Shubhangi Swarup - Babelio

Shubhangi Swarup est née en 1982 à Nashik, dans l’État du Marahashtra. Journaliste, réalisatrice, pédagogue, elle vit aujourd’hui à Bombay. Dérive des âmes et des continents est son premier roman. Elle a obtenu la bourse d’écriture créative Charles Pick à l’Université d’East Anglia (Norwich).

La Chambre des époux d’Eric Reinhardt. Gallimard . 💛💛

La chambre des époux par Reinhardt

La chambre des époux d’Éric Reinhardt est ma quatrième plongée dans son
univers littéraire .
Autant j’ai apprécié le système VictoriaL’amour et les forêtsComédies françaises,  autant je reste dubitatif après la lecture de la chambre des époux.
D’abord ce roman gigogne passant d’un couple à  l’autre jusqu à fondre les identités, que ce soit celle de l’auteur et de son double en écriture Nicolas ou qu’ il s’agisse de Margaux femme de l’auteur  et de ses doubles Mathilde et Marie.
Puis le traitement par l’auteur d’une maladie , un grave cancer du sein. Je peux comprendre qu’Eric Reinhardt  fasse part de son expérience personnelle,  et de la maladie qu’a vaincu sa femme. Et qu’il s’était donné un objectif commun  : En huit mois vaincre le cancer pour sa femme et pour lui, terminer son roman Cendrillon. Je peux comprendre qu’il associe à  ce combat l’art et la beauté et que cet art et cette beauté aient pu  sauver leur couple et leur amour.
Mais pourquoi vouloir avec des poupées gigognes, réécrire de nouvelles histoires reprenant les mêmes thèmes : maladie grave, monde de l’art , de la musique. Et l’art ou la beauté qui magnifient d’une certaine façon la maladie .
Un cancer avec ses chimiothérapies , ses rémissions, ses rechutes peut être loin de la beauté et de l’art.  C’est un combat de tous les jours et cette façon  » hors sol  » de le traiter est dérangeante.
Tout comme ces scènes d’amour,  où à l’impudeur s’ajoute  des moments dégradants.
J’avais lu à plusieurs reprises que certains étaient agacés par le nombrilisme et un certain élitisme d’ Eric Reinhardt.
C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de la chambre des époux .
Pour de nombreuses personnes encore, le combat contre le cancer n’est pas gagné. L’expérience qu’ont vécu  » les époux Reinhardt  » est très belle en soi mais valait elle en plus un roman gigogne plus egocentré que recherche personnelle.

Art Nouveau de Paul Greveillac. Gallimard. 💛💛💛

Art Nouveau par Greveillac

Après avoir lu Maîtres et esclaves  de Paul Greveillac, j’ai plongé à nouveau dans son écriture en lisant son dernier roman Art Nouveau.
 A deux ans d’intervalle j’ai retrouvé  la finesse classique de l’écriture,  la précision clinique des phrases. Quel plaisir qu’une écriture qui enchasse des mots peu employés de la langue française et qui magnifie les conjugaisons.
J’ai retrouvé aussi  ce manque de flamme que j’avais déjà ressenti dans Maîtres et esclaves.
Paul Greveillac a le don pour trouver des sujets très originaux.
Ici, il construit son roman autour de l’architecture et de l’Art Nouveau.
Pour nous entraîner avec lui, il convie Lajos Ligeti personnage fictif, architecte de profession.
Celui-ci quitte Vienne en 1896 pour Budapest où il pense s’installer afin de devenir un architecte reconnu.
Nous allons suivre son évolution jusqu’aux prémices de la première guerre mondiale dans cette empire austro hongrois s’étendant sur toute l’Europe Centrale.
La leçon d’histoire et d’architecture est passionnante. Par le luxe de détails, mise en valeur par l’écriture, nous nous immergeons dans la Budapest de la fin du 19ème siècle. Nous parcourons les rues pavées, les grandes avenues, les cabinets d’architectes , nous participons au foisonnement  culturel, à la naissance d’un Art Nouveau sur la MittelEuropa. Nous voyagerons de Budapest, à Vienne ou à Prague.
Nous assisterons à l’expansion des cabinets d’architecture, à leurs rivalités. L’architecture du béton va poindre.
Lajos Ligeti  peu à peu prend possession de cette ville, manoeuvre pour ouvrir son cabinet d’architecture.
Deux personnages vont l’aider,  le soutenir , l’aimer.
D’abord, l’Oncle Jakob Karpati , vivant dans une masure en  périphérie de Budapest. Un homme de bonté,  juif de tout son être et serrurier de son état.
Puis Katarzyna Liski, sa muse qui deviendra sa femme.
Deux personnages pour lesquels va notre empathie…. à l’inverse de celle que nous éprouvons pour Lajos Ligeti au fur et à mesure que défile sa vie.
Et cette impression de renversement, nous la retrouvons dans le roman. Autant la première partie du roman nous enchante par cette découverte de Budapest et des arcanes de l’architecture, autant la deuxième est plus fastidieuse, manquant de souffle, un peu comme Lajos Ligeti devenant un personnage sans âme vivant dans une époque qu’il a du mal à incarner et à saisir.
Il me reste de cette lecture un plaisir certain pour le style et l’écriture de Paul Greveillac. Il est agréable de se perdre dans une écriture faite d’un riche vocabulaire et d’une audace de conjugaison.
De même pour l’Art Nouveau. Une belle découverte que ce foisonnement entre Autriche et Hongrie
Par contre le personnage de Lajos Ligeti s’estompera petit à petit de  ma mémoire tout comme la situation politique de l’empire austro hongrois entre 1896 et 1914. Celle-ci  ayant été traitée superficiellement me semble-t-il.

Photos de Paul Greveillac - Babelio.com
Paul Greveillac étudie les lettres et les sciences politiques.
Il reçoit le prix Roger-Nimier ainsi que la Bourse de la Découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco pour son premier roman, Les Âmes rouges, dont l’histoire se déroule au temps de l’Union soviétique. Le personnage principal est un censeur, amoureux de cinéma et de littérature. Les Âmes rouges est également remarqué par l’académie Goncourt, qui le fait figurer sur sa liste de lecture pour l’été 2016 [archive].
En janvier 2017 est parue, dans La Nouvelle Revue françaiseLa Narvanouvelle inspirée par le Juste Uku Masing (en).
Le récit Cadence secrète. La vie invisible d’Alfred Schnittke est paru en avril 20172. Cette biographie romancée du compositeur Alfred Schnittke reçoit le prix Pelléas en avril 2018, bien qu’étant paru un an plus tôt3.
Son deuxième roman, Maîtres et Esclaves, est paru en août 20184. On y suit le parcours mouvementé d’un paysan du Sichuan qui devient, au plus fort de la Révolution culturelle chinoise, un grand peintre de propagande. Maîtres et Esclaves figure sur les dernières listes du Prix Goncourt5, du Prix Interallié6, du Prix Jean-Giono7, et du Prix des Deux Magots 20198. Il remporte le Prix Jean-Giono 2018. Il se voit également attribuer en 2018 le Prix de soutien à la création littéraire de la Fondation Del Duca [archive].
Son troisième roman, Art nouveau, est paru en août 20209,10,11,12. Le roman retrace la naissance de l’art nouveau hongrois à travers Lajos Ligeti, un architecte fictif juif, originaire de Vienne, qui tente de développer son cabinet à Budapest. L’Autriche-Hongrie, en proie aux nationalismes, à l’antisémitisme, moribonde sans le savoir, vit alors ses dernières années. Avec ce roman, Paul Greveillac se propose aussi, selon ses propres mots, de mettre en avant les « troublantes similitudes qu’il existe entre « le monde d’hier » et celui d’aujourd’hui. »